A Nightmare on Elm Street (1984, Wes Craven)

Publié le par GouxMathieu

   Je n'ai commencé à regarder et à m'intéresser aux films d'horreur qu'aux débuts de l'âge adulte. Je n'ai jamais réellement ressenti, à mon adolescence, ce besoin primesautier "de me faire peur" : j'étais davantage porté vers l'aventure, vers les Star Wars et les Indiana Jones. Je connaissais les noms les plus célèbres, bien entendu, les Chucky, les Freddy et autres Jason, mais je les considérais souvent comme des œuvres médiocres ou, encore, de la "sous-culture".

 

   J'étais encore très con, il faut le dire, à cette époque.

   Une fois que j'eus appris l'humilité, je me mis à dévorer avec méthode tous les "chefs d'œuvre" de ce genre souvent conspué par les hautes gens : Child's Play, Halloween, Hellraiser, Friday the 13th, Scream et, bien entendu, A Nightmare on Elm Street, mieux connu dans nos contrées sous le nom de Freddy, les Griffes de la Nuit.

   Cette saga qui compte entre 6 et 9 épisodes (selon si l'on compte le remake de 2010 et les épisodes New Nightmare et Freddy vs. Jason), est des plus réputées et on aime à les ressortir une fois les nuits froides venues : ils ont tous, y compris pour les épisodes les plus médiocres, une forme de poésie et de charme qu'il est dur d'enlever.

   Avant d'avoir regardé réellement ces Nightmare, j'ai surtout des souvenirs de leurs jaquettes dans le vidéoclub de mon enfance. Mon frère, de dix ans mon aîné, aimait à s'aventurer quand je n'étais qu'enfant dans les rayons "Horreur" et même si sa mère faisait tout ce qu'elle pouvait pour me détourner de ces boîtes, elles me fascinaient et m'attiraient par leurs parfums d'interdit. Plus que les autres, celles de Freddy m'intriguaient. Contrairement, effectivement, aux autres films du genre, celles-ci ne montraient que rarement le personnage éponyme : ne ressortaient souvent qu'un œil, des lambeaux de chair brûlé et, évidemment, ces longues griffes qui résument à elle seul le tueur en série.

   Maintenant que je connais bien les films, je peine à me déclarer grand fanatique de ceux-ci : je préfère, dans le travail de Wes Craven, The Hills Have Eyes et dans le genre de l'horreur même les films de Carpenter et notamment The Thing et The Fly. Mais j'y reviens souvent, car ils possèdent quelque chose souvent absent des autres : un humour à froid que je trouve particulièrement délicieux.

   Il est vrai que, dans ce premier film fondateur mettant en scène le tueur de Springwood, le versant humoristique est des plus limités : il sera davantage développé par la suite alors que tout sera fait, étrangement, pour donner à Freddy une consistance et une profondeur psychologique - notamment par l'intermédiaire de sa mère. Mais comment ne pas sourire, même jaune, lorsque ses bras s'agrandissent mystérieusement ou lorsqu'il joue avec sa langue ?

   A Nightmare on Elm Street est un film qui a tout et du précurseur, puisqu'il introduit - ou, plutôt, popularise, car les exégètes savent bien qu'il ne fut pas le premier absolument - nombre d'éléments repris à l'envie par la suite, et de la parodie, puisqu'il se joue d'ores et déjà de ses codes.

   L'on trouve alors là la fascination pour les adolescents et surtout les adolescentes, et notamment tout le rapport au sexe qu'il peut exister en ces âges troublés : l'arme même de Freddy, de la même façon que la machette de Jason par ailleurs, a quelque chose du phallique, et l'on ne sera pas surpris d'apprendre que dans la première mouture du scénario, Freddy était un pédophile et non un tueur. Toute l'imagerie du sang, le premier meurtre de la série, même, qui n'est pas sans rappeler un viol ou la mort du personnage de Glen interprété par Johnny Depp, dans son lit alors qu'il s'endort et qui produit une "éjaculation de sang", renvoie à toute une symbolique érotique ou se mêlent le stupre et la mort.

   Davantage que dans les autres sagas cités plus haut, le rapport entre ces adolescents et leurs parents est particulièrement bien développé : les parents, coupables d'hybris, jettent l'opprobre sur leurs progénitures mais sont incapables de les protéger. Freddy est-il, davantage qu'un croque-mitaine ou qu'un boogeyman, le loup moderne du Petit chaperon rouge qui conduit ses proies hors du délice mielleux de l'enfance ?

   Les slashers, ou "films de tueurs en série", puisqu'ils tournent souvent autour du mythe adolescent et du passage à l'âge adulte, ont la tendance malheureuse d'être souvent datés ; et il est vrai qu'il semble difficile de ne pas rire en voyant les chemises bariolées de certains héros ou la musique délicieusement "pop" qu'ils écoutent pour se détendre. A Nightmare on Elm Street, premier du nom, parvient quelque peu à éviter cet écueil. Je tends à penser que c'est là, davantage qu'un hasard, une volonté même du réalisateur : dans ce monde fantastique qui brouille constamment les frontières entre le monde réel et le monde du rêve, il ne faut jamais donner au spectateur trop d'indices qui pourraient lui permettre de savoir de source sûre où il se trouve.

   Ce n'est jamais que lorsqu'il est trop tard que l'on s'aperçoit alors du subterfuge, en témoigne cette fameuse séquence finale qui est restée dans toutes les mémoires et qui est encore un modèle du genre par son dérangeant malsain. Les effets spéciaux au service de ce monde onirique, tout en astuces et en animatroniques, permettent du reste au film de bien mieux vieillir que son remake de 2010 qui, déjà, se rend ridicule à coup d'images de synthèses.

   De toute la saga, ce premier épisode est sans aucun doute le meilleur : il offre le sérieux des discussions, la profondeur du trouble adolescent, le gore des mises à mort, le fantastique du rêve, la peur des situations, le drôlatique du personnage principal qui vous tuera après un bon mot. Si le troisième opus (The Dream Master) et le jouissif Freddy vs. Jason restent plaisants, ils n'atteignent jamais totalement le délice de cette œuvre fondatrice. Un film à voir, sans aucun doute avec quelques paquets de pop-corn, sans trop se poser de questions : mais à l'efficacité qu'il ne convient plus de démontrer.

   One, two... Freddy's coming for you...

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