Monty Python's Life of Brian (1979, Monty Python)

Publié le par GouxMathieu

   Il est de ces films qui font partie, dans une communauté donnée, d'une forme de culture commune. L'on ne peut plus réellement parler de "culte", c'est comme s'ils devenaient une deuxième peau. Et parmi ceux-ci, les films des Monty Python sont sans doute les plus agréables.

 

 

 

   À ce que j'ai cru lire, c'est Marcel Gotlib qui contribua fortement à introduire l'humour et l'esprit anglo-saxon en France. Et effectivement : ce fut lui qui dessina l'affiche du premier long-métrage du groupe, And Now for Something Completely Different, localisé alors sous le nom de Pataquesse, et sa Rubrique-à-Brac est toute imprégnée de cet humour enlevé, qui emprunte tour à tour au langage le plus châtié et à la scatologie la plus basse. C'est, du moins, par lui également que je me mis à m'intéresser à Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin, Carol Cleveland et Neil Innes ; et de leur cirque au ministère des "démarches idiotes", ils ne m'ont plus réellement quitté.

   Pourtant, de leurs longs-métrages, je ne retiens pas Holy Grail, pourtant incroyable comme tout un chacun le sait, ni The Meaning of Life, mais bien Life of Brian, qui ne fut pas le premier vu pourtant mais celui qui sut le mieux m'agripper.

   Je suppose que cela a à voir avec l'existence d'une trame continue, là où les autres films cités, bien que reliés par une sorte de fil rouge, s'éparpillent et s'apparentent davantage à une série de sketchs, fort drôles bien évidemment, mais discrets. Life of Brian, même s'il multiplie, de même, les saynètes multiples - l'ermite dans le désert, Bigus Dickus, l'ancien lépreux... - ne manque pas de tout rattacher au personnage principal. Il est alors une forme de concentration dans la longueur que j'aime beaucoup et qui, du moins me concernant, correspond mieux à l'idée que je me fais d'un long-métrage.

   Mais donc, quelle est l'histoire de Life of Brian ? Eh bien, comme le titre l'indique, il s'agit de la vie de Brian Cohen, compatriote de Jésus de Nazareth qui, entre deux sermons de ce dernier, va chercher à expulser l'envahisseur romain qu'il déteste ("a lot"). Par une série d'imbroglios trop nombreux pour être ici énumérés, le voilà être pris par la foule désireuse pour un messie et finir, hélas ou tant mieux, sur une croix.

   Ne faisons pas semblant de ne pas voir "l'éléphant dans la pièce", et disons-le tout de go : Life of Brian se voit, de prime abord, comme une critique acerbe et féroce de la religion. Non spécifiquement catholique, par ailleurs, même si le sujet s'y prête particulièrement : sont dénoncés, pêle-mêle, le fanatisme, les dogmes, les rites, les différentes branches des cultes. Peu s'y sont trompés d'ailleurs, et les cardinaux, prêtres et autres froqués de dénoncer une hérésie.

   Mais, comme dans toutes les grandes œuvres, a fortiori comiques, il serait réducteur de ne s'en tenir à cela. Ainsi, les différents "fronts de libération de Judée" de prendre leurs inspirations dans les luttes intestines que connut le parti communiste russe et d'autres ; ainsi, les discours de Brian face à une foule héberluée à qui il commande d'être libre de résonner comme du Buridan, et on sait à quel point il fut moqué ; ainsi même, la fameuse chanson final "Always look on the bright side of life" de renvoyer au "Give a Little Whistle" du Pinocchio de Disney, "et d'autres encore, dont je me déporte".

   Cette richesse de contenus, de critiques, de sarcasmes, m'a parfois, et à ma première vision d'ailleurs, détournée de cet autre plaisir, celui du rire et de l'absurde ; et il est toujours quelque chose, lorsque j'y reviens, qui m'avait échappé. Les à-propos de Terry Jones, incroyable en mère juive, l'accent de Michael Palin en Ponce Pilate et même une apparition de George Harrison ; une leçon de latin qui s'étend sur un temple entier, des extra-terrestres venus demander si Jésus est bien le fils de Dieu, un combat de gladiateurs étrangement déséquilibré...

   Ouvertement, ce film-ci est bien moins cité que leur précédent et de fait : la blague, la chute, l'humour entier, sont tout orientés vers le personnage principal et l'histoire développée. Et le bon mot, ici, de ne pas être uniquement associé à la situation ("Just a flesh wound", "It's a silly place", etc.) mais d'être replacé dans l'économie globale de l'ensemble. De la même façon, bien que dans un genre distinct, que les frères Coen, qui dans Fargo, qui dans A Serious Man, qui dans Burn After Reading, distilleront comme une tension constante qui jamais ne sera réellement résolue, l'on regarde Life of Brian avec un sourire mi-niais, mi-joyeux, toujours heureux, et parfois la note monte à l'éclat avant de descendre, prompte à remonter encore.

   Je ne sais plus où j'avais entendu cela (peut-être dans Seinfeld...), mais un tel avait inventé une torture, celle de montrer, à la suite, les sketchs du Flying Circus qui ne sont pas spécialement drôles mais simplement étranges et surréalistes pour conserver toujours ce petit sentiment d'insécurité qui donne envie, les soirs d'hiver, de se pendre.

   Life of Brian serait un peu, lui, du contraire : il permet d'avoir ce petit bonheur joyeux qui fait voir le soleil même quand le ciel est bas, et donne envie de siffler quand tout est perdu.

 

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