PPPPPP (2010, Magnus Pålsson)

Publié le par GouxMathieu

   Il y a de cela quelques temps, j'avais fait un article sur un jeu indépendant dont je vantais les qualités, VVVVVV : dans les commentaires, un lecteur s'étonnait de mon silence sur la bande-son du jeu. L'injustice est là réparée : voilà PPPPPP, de Magnus Pålsson, artiste mieux connu sous le nom de SoulEye.

 

   Le chiptune fait partie de ces genres musicaux que tout le monde connaît et côtoie, même s'il est rare que l'on sache précisément mettre un nom sur ces sons tout particulier. Certaines pistes électroniques, des Daft Punk ou de Kavinsky, certaines bandes-sons de films se déroulant dans des univers liés à la haute-technologie ou à l'Internet exploitent ces mélodies issues des puces micro-informatiques et que l'on appelle, parfois, la "musique 8-bit".

   Représentez-vous encore la mélodie accompagnant des jeux micros, les Amiga et les Atari, des jeux consoles, sur Nes notamment : ce son métallique et sale, comme venu d'une autre planète, ces airs hachés, hachurés même qui semblent reprendre leur souffle à chaque moment, cet élan qui les fait basculer avant qu'ils ne se rattrapent, in extremis, et ne poursuivent plus loin : le chiptune, c'est tout cela.

   J'avais dit jadis, dans mon article sur VVVVVV que le jeu entier pouvait tourner sur un Commodore 64, nonobstant la musique. Celle-ci, bien qu'étant belle et bien "métallique", est bien trop complexe effectivement, bien trop riche : elle aurait accaparé toute la ressource mémoire de l'ordinateur, et plus encore.

   Il y a cependant là, ce me semble mais mon oreille est loin d'être aussi entraînée que d'autres, un équilibre qui me renvoie aux belles heures de David Whittaker (Shadow of the Beast), c'est-à-dire qu'à partir d'une ligne mélodique simple voire simplexe, l'épique et le mystère se déploient par touches, un peu par ci, un peu par là ; et à partir d'une unique note, c'est toute une symphonie qui soudain se fait entendre.

   Au-delà même de l'adéquation certaine qu'il peut être entre la forme et le fond, entre ce jeu tout en pixels et ce chiptune entêtant, j'irais jusqu'à dire qu'il y a également là un peu de la "petite grande aventure", de la façon dont le jeu se découvre petit à petit, un obstacle après l'autre. Et même s'il est court ou, plutôt, même s'il s'arrête là où il le doit, cet appel mystérieux, que l'on peut croire venir d'un autre pays ou, ici, d'une autre dimension, donne comme un élan joli au cœur et nous rappelle que le jeu vidéo peut, parfois et également, être autre chose qu'un amusement.

   Il peut permettre également, à sa façon, de nous faire nous évader. En cela, je le crois volontiers aux côtés du cinéma, de la Littérature, de la bande dessinée : pas "à la place de" ni, même, réellement au même niveau (il me faudra expliquer un jour précisément pourquoi je ne pense pas que le jeu vidéo est un art à part entière, du moins, pas encore), mais non loin.

   Et de la même façon que, jadis, tel poète s'éveilla à la beauté grâce à ses joujoux ou tel dramaturge connut ses premiers émois devant Guignol et Gnafron, je me plais à croire qu'un autre, jouant à VVVVVV et se plongeant dans les délicieuses notes de PPPPPP, sera le prochain explorateur des terres interdites et des planètes inconnues et qu'il saura nous offrir, au travers de ces récits, l'exquise excitation que je ressens là en écoutant ces morceaux.

   Qu'ils puissent vous toucher au-delà de leurs sonorités mécaniques !

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