Adventures of Lolo (1989, HAL Laboratory)

Publié le par GouxMathieu

   Nos enfances ont toujours quelque chose de bizarre. Ce peut être un jouet qui ressemblait à s'y méprendre à une charogne ; une chanson douce, qui parlait pourtant de violences conjugales ou d'exactions horribles ; un livre, que l'on retrouve bien plus tard et qui se termine par une disparition. Adventures of Lolo a sans doute quelque chose de bizarre : mais il est sans doute bien plus sage que tous ces derniers exemples.

 

 

   Sur ceux-ci, je reviendrai sans doute, si ce n'est déjà fait ; pour l'heure, je reviens sur ce jeu à énigmes qui me plut petit et qui fait étrangement partie de mes plus vieux souvenirs. Il y avait jadis, dans un supermarché de ma ville d'enfant, une borne de présentations dédiée aux jeux vidéo. C'était de la NES, même si je ne me souviens pas, exactement, de l'apparence de cet objet. Les manettes sortaient comme de tuyaux en plastique dur, tant et si bien que l'on ne distinguait point ces longs câbles mous et caractéristiques. Les jeux qui passaient sur la borne m'étaient inconnus mais était-ce bien surprenant ? Je ne devais en connaître que quatre ou cinq, et je devais me figurer, haut de mes six ou sept ans, qu'il devait en exister qu'une vingtaine tout au plus.

   Je me souviens bien qu'il y avait Zelda II sur cette borne ; mais aussi Adventures of Lolo. Il se trouvait également que le père d'une de mes camarades de primaire jouait un peu, et possédait la deuxième moitié de tous les jeux de l'existence : parmi eux, celui-ci. Cette enfance, cette partie d'enfance tout du moins, d'être bizarre : car contrairement à d'autres, dont j'ai déjà parlé, je n'étais pas loin de terminer celui-ci, et sans tricher encore !

   D'Adventures of Lolo, ne retenons, ou alors par accident, nullement l'histoire, qui reprendra avec cette tranquillité sereine de ceux qui n'y songent pas le mythe de la "damoiselle en détresse", et revenons davantage sur le principe du jeu. Dans une infinité de salles, la boule bleue qui répond au nom de Lolo doit récupérer, sans se faire toucher par le moindre obstacle, le moindre ennemi, tous les blocs "cœur" se trouvant sur sa route. Une fois ceci fait, un coffre s'ouvre ; et une fois le coffre touché, la porte s'ouvre à son tour, conduisant à une autre salle et ce jusqu'à la fin du jeu.

   Le reste est étrangement attendu, étrangement efficace : de la difficulté progressive, quelques power up pour pimenter l'ensemble, même des énigmes qui demandent à faire appel à des astuces assez malignes, finalement, et qui remettent, tranquillement encore, les choses en question mais rien de plus. Ce n'est pas de l'ennui, car le jeu plaît néanmoins, mais nous n'en sommes pas loin.

   "Tranquille", j'ai écrit ce mot deux fois : si je n'avais pas cherché à éviter autant que faire se pouvait les répétitions, je l'aurais écrit encore et encore. C'est bel et bien cela, je pense, qu'il me faudrait dire, et c'est bel et bien cela, je crois, que je retiendrais. Adventures of Lolo est un jeu tranquille, c'est une sorte d'aventure, d'exploit ou d'épopée en mode mineur. Le jeu tente bien, dans une introduction qui sera étrangement restée dans les mémoires (du moins et récemment, Super Meat Boy s'en souviendra), de paraître grandiloquent, mais échoue platement lorsque l'on comprend que l'on dirige une petite boule bleue, qui doit sauver une petite boule rose.

   On prend alors la chose pour ce qu'elle est : une suite d'énigmes ou de puzzles, plutôt, bercée par une mélodie qui évite, les premières heures tout du moins, l'énervement, servie par un gameplay simple voire simplexe, sans fioritures et sans ambages. L'équilibre est plus ou moins atteint : plus complexe, le jeu aurait été imbitable ; plus simple, inintéressant. Je ne lui prêterai pas cependant cette étincelle de génie que j'ai cru voir dans d'autres, des plus connus aux plus obscurs ; et je suis même très loin de le considérer comme l'un des canons du genre, sur cette console ou dans l'absolue. Il est trop tranquille, justement, trop assuré, il ronronne. On le saura, ses niveaux ne sont pas même originaux ou inédits, mais repris d'Eggerland, un ancêtre nippon d'intérêt supérieur, ne serait-ce qu'historique.

   Pourquoi donc en parler ici, pourquoi aller dans le médiocre, dans le sens étymologique du terme cependant ? Par paresse de ma part aussi, sans doute, par tranquillité. Parfois, on escalade des montagnes ; parfois, on se balade en forêt. Adventures of Lolo ne nous propose rien de plus, et il le fait bien : nulle piqûre de moustique, nulle averse prématurée. On s'ennuiera peut-être vers la fin, car le chemin est long, mais l'on apprécie d'autant mieux le chocolat chaud du chalet. Voici un jeu vidéo "de gare", comme il y a des romans du même cru ; et parfois, il ne faut rien de plus pour se sentir tranquille à son tour.

 

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