Psy (né en 1977)

Publié le par GouxMathieu

   Je n'ai jamais eu réellement honte de mes goûts au niveau culturel. Le grand côtoie ici le bas ou le moyen ; et je peux parler, autant de Citizen Kane que de Tremors, d'Ovide que de Dragon Ball, de Benny Golson que de Renaud. Alors, avant d'hâtivement juger la qualité de ce que je présente ici, écoutez-moi d'abord, et évaluez ensuite.

 

   Le chanteur / rappeur / comédien sud-coréen dont il est question ici vivait dans une relative insouciance jusqu'à ce qu'en 2012 un single en particulier, "Gangnam Style", ne le propulse au sommet de toute espèce de popularité. Popularité numérique tout d'abord : l'Internet fonctionne curieusement, et sans doute avec un peu de chance, une bonne dose d'ironie et un effet boule de neige connu par ailleurs, la vidéo de dépasser, pour la première fois de son histoire, le milliard de vues sur Youtube. Les vieux médias firent la suite, et à présent nombre sont ceux qui connaissent, ou reconnaissent, cet homme de scène qui sans cela n'aurait jamais dépassé sa frontière.

   Contrairement cependant à d'autres, n'en témoignent, par la suite, les "scores" de ses vidéos ultérieures sur le célèbre site, j'ai continué à regarder et à écouter ce que Psy pouvait faire. La barrière de la langue fut rapidement un problème que les sites spécialisés, cependant, m'aidèrent à surmonter : et tandis que j'étais plus ou moins hermétique, peut-on dire, à ce genre de k-pop / techno / dance de prime-abord, je découvrais étrangement assez de beautés pour justifier, ici, un petit billet.

   À tout seigneur, tout honneur : revenons donc sur cette musique inaugurale. Si on enlève tout ce qui fit sa renommée, en premier lieu les nombreux décalages culturels qu'un spectateur occidental, européen ou étasunien, ressentira nécessairement au visionnage, que reste-t-il ? Eh bien, il reste une version coréenne, si je puis dire et en employant une image qui parlera peut-être davantage à mes compatriotes français ou francophones, du "Auteuil, Neuilly, Passy" des Inconnus. Savez-vous, cette parodie rappée qui met en scène non pas des banlieusards mais des garçons de bonne famille, se plaignant des turpitudes de leur vie privilégiée ? Remplacez Neuilly par Gangnam, quartier huppé de Séoul, et nous y voilà.

   Psy est, avant et surtout, un parodiste et ses chansons de s'intéresser surtout aux aspects ridicules de la vie asiatique. Si on les remplace dans leurs contextes, elles deviennent étrangement acerbes et pour peu qu'on en fasse l'effort, savent évoquer des moments partagés par tous, ou presque. C'est sans doute précisément parce que l'auteur désirait faire comprendre cela que ses futurs "tubes" apparaîtront moins délurés, et qu'ils plairont, de fait, moins au tout-venant ou au curieux de passage.

   Il en va ainsi de "Gentleman". Nous retrouvons là Psy qui adore, comme de juste, se mettre en scène dans ses historiettes et nous dire, cette fois-ci, à quel point il peut être un gentilhomme. Mais la vidéo se fait davantage compréhensible : il harcèle les pauvres femmes, leur retire la chaise au moment où elles s'assoient, mange salement et se défend encore d'être un "pu**** de gentleman". Voilà, par contraste, le jeu de la séduction et de la bienséance sous son vrai visage, une série de faux-semblants arbitraires.

   Accélérons peut-être jusqu'à "Daddy", qui brasse cette fois-ci des thèmes liés à la parenté et qui se trouve être un beau retournement de la chanson "I Got it from my Mama" qui ramenait les femmes à leur seule plastique. Principe parodique oblige, la voilà nous interroger tranquillement sur la place du corps non seulement dans les rapports de séduction, mais aussi globalement sur son importance chez les enfants, les vieillards, les hommes et les femmes.

   Comme souvent, je m'entends dire que je vais bien trop loin, que je ne vois que ce que je veux bien voir, et qu'il faut prendre les choses pour ce qu'elles sont : une musique-pop décérébrée et stupide, bonne à faire danser dans les boîtes surchauffées et rien de plus. 

   Je répondrai, comme toujours, "certes". Mais cette musique est le fait d'un individu, et les problèmes qu'il traverse, les solutions qu'il élabore, l'art qu'il forge appartiennent au genre humain. Si nous ne sommes pas capables de voir ceci même dans les expressions les plus triviales de notre psyché, quelle mérite aurions-nous à le faire dans les œuvres pompeuses et pourprines, qui offrent cette interprétation à chacun ?

   Je laisse donc cela à votre scholastique, et m'en retourne me déhancher en attendant. 

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