Poorly Drawn Lines (2008 - en cours, Reza Farazmand)

Publié le par GouxMathieu

   Je continue cette semaine une série, débutée il y a longtemps, sur les "blogs BD" et les webséries, plus généralement. Je ne sais pourquoi, mais j'évoque surtout ici des projets anglosaxons : je suppose qu'il y a là quelque chose lié à la concentration, toute particulière, de la langue anglaise qui est à propos pour ce format.

 

 

   Lorsque je parlais, jadis, de Saturday Morning Breakfast Cereal, j'évoquais la façon dont l'auteur jouait avec le sous-texte et le pré-texte, par exemple en rajoutant une légende à une image se prêtant à une certaine interprétation, pour la décaler et la complexifier. Poorly Drawn Lines, qui doit son nom à la simplicité du dessin, fonctionne de prime abord de la même façon, peut-être en intégrant davantage sa chute au dessin ce qui rejoint la construction habituelle d'une bande dessinée humoristique.

   Il y a cependant un esprit tout particulier dans ces chutes, dans ces histoires : quelque chose de minimaliste, en accord notamment avec le style de l'auteur, mais également de surréaliste qui peut volontiers faire penser aux Monty Pythons ou, comme on sait leur influence sur lui, à Gotlib, du moins dans leurs essais les plus aériens.

   Il est difficile de résumer le propos de la série. L'on ne se concentre pas ici, comme ailleurs, sur une série de personnages en particulier (même si des réguliers, comme l'ours Ernesto, reviennent ci et là), ou bien sur la religion, ou bien sur la pop-culture, ou bien autre chose : tout au plus peut-on voir une certaine fascination pour les choses naturelles, animaux, plantes, reliefs et habitats, les fleurs comme les insectes ou les montagnes et les villes sont vivantes et sensibles, parlent et nous font part de leurs projets multiples.

   Mais tout au plus, ce sont des modes ou des arcs, et non un propos fondateur, une pierre de touche que nous permettrait de tout saisir élégamment. Plutôt, nous avons là une série de saynètes, surréalistes et déconnectées de tout, qui font rire tant par elles-mêmes que par leur étrangeté, comme si nous ne savions réellement comment réagir face à l'absurdité de la situation.

   C'est encore cela qui permet à PDL de se démarquer très sensiblement de tout le reste : son décalage, son incongruïté constante. Tandis que les autres séries ne parviennent pas, comme c'est sans doute le plus difficile en écrivant, à se départir d'un semblant de morale ou de réflexion, cette série résiste à toute espère d'interprétation. Une seule règle semble prévaloir : le bon mot, le calembour, la pointe presque pindarique du propos et que l'on trouve ici, on le notera, dans les commentaires des planches qui doivent compter parmi les plus bienveillants de l'Internet, et cela n'est pas peu dire.

   Si je devais faire une comparaison, je renverrais volontiers aux Shadoks, à la Linea encore bref, à ces pastilles surréalistes de la télévision certes, mais qui produisaient volontiers le même effet, à la frontière entre le dérangement et l'hilarité. Il y a comme un choc entre la simplicité de ces lignes "crûment dessinées", l'abstrait de ses situations et le rire qui en découle. Il manque sans doute quelque chose ici pour en faire un chef d'œuvre, précisément une intention plus marquée : mais même sous ses dehors de divertissement, il y a là quelque chose d'immense à reconnaître, et une qualité indéniable.

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