Chips from the Chocolate Fireball (1987, The Dukes of Stratosphear)

Publié le par GouxMathieu

   Souvent dis-je, en matière de musique, préférer les années 60 et 70, en premier lieu les Beatles et tout ce qui est de l'ordre du rock progressif : c'est ma patrie mélodique de cœur et toujours y reviens-je, toujours y fais-je de nouvelles rencontres. Ici cependant, parlons de thuriféraires, et parlons de ce side-project d'XTC.

 

   À mon sens, nous avons indûment classé le groupe britannique XTC parmi les suiveurs de la "nouvelle vague" ou de la new wave. À l'aune de sa discographie (je pense notamment à Oranges & Lemons, au titre plus énigmatique que l'on ne pourrait le croire), je les prends davantage pour des représentants du prog rock, voire du post-punk. Querelle d'initiés peut-être ; mais je voulais traiter ici cette question, pour mieux m'en débarrasser sans doute. Je lis peu de choses sur cette formation que j'apprécie beaucoup, et souvent sont-elles dédaigneuses.

   J'aime, dirons-nous, le "moment de XTC". Je les aime venir juste après la faste période des découvertes et des expérimentations, et poursuivre à leur façon ces travaux. Mieux que d'autres, ils se sont innutris, ils ont compris et repris, déformant avec intelligence ce qui restait à pervertir et conservant les baroques imperfections qui retiennent l'attention.

   Chips from... est cependant ici un "projet alternatif", une œuvre "à côté de" la route traditionnelle. Comme cela se faisait à la grande époque des Frank Zappa et des Captain Beefheart, des Residents, "The Dukes" est un pseudonyme derrière lequel, initialement, personne ne savait qui se cachait. Le pot-aux-roses fut découvert rapidement puisque, paradoxalement, peu de gens s'intéressèrent à leur identité véritable ; mais l'épreuve fut agréable et donna lieu à l'un des plus beaux albums de cette période.

   Faisons un jeu de mots : ainsi perdus dans la "stratosphère", nous survolons intelligemment le miasme, le marasme de la surface et des insectes qui se faufilent de ramées en buissons : nous avons comme une vision d'ensemble de tout ce qui se fit, de tout ce qui se fait et peut se faire ; nous choisissons nos idoles, nos modèles et la forme des nuages que nous touchons du bout des doigts. C'est la moustache des Beatles, ou leurs cheveux, qui se dessine dans cet album.

   Il suffit d'entendre la piste liminaire, "25 O'Clock" ; ou plus loin, "You're a Good Man Albert Brown" pour se retrouver propulsé quelque dix ou vingt ans plus tôt, au temps des Sgt. Pepper, des Revolver, des Magma ou des King Crimson ; c'est retrouver cette voix sourde et profonde, tellurique, qui s'éraille finalement en un piaillement bouffon qui arrachera, finalement, un sourire ; ce sont les images étranges où se juxtaposent, sans y paraître, le chemin doré du Magicien d'Oz et les volutes de la chenille d'Alice ; c'est ces couleurs négatives qui proéminent, qui révèlent une joue, une verrue, mais aussi un cil, un galbe ; c'est, enfin, une forme d'insouciance qui confine au génie par sa hauteur, ou sa candeur de vue.

   C'est un chef d'œuvre de son genre, dans l'absolu peut-être ; du moins et selon ce que je puis connaître, savoir, lire, toucher et goûter, je n'ai rien à lui reprocher. Il me semble que l'on connaît peu XTC ; que parmi leurs travaux, The Dukes of Stratosphear est moins connu encore ; je les fais alors ici davantage connaître, en espérant que leurs sons distordus vous plaisent comme ils ont su me plaire.

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