The Legend of Korra (2012-2014, Michael Dante DiMartino & Bryan Konietzko)

Publié le par GouxMathieu

   J'avais jadis, et longuement encore, parlé d'Avatar: The Last Airbender dans ce journal. J'ai depuis parcouru sa suite, The Legend of Korra, située bien des années plus tard dans le même univers. J'en suis ressorti enthousiaste ; mais bien différemment que pour Avatar.

 

   Je ne reviendrai point sur les qualités de la série originale : elles sont connues, je les ai rappelées, elles n'ont pas pris une ride. Ce qui est alors extraordinaire, c'est que The Legend of Korra n'a quasiment aucune de celles-ci : elle en a bien d'autres, et des colossales, que The Last Airbender n'avait osé toucher, soit car il les ignorait, soit car il ne pouvait pas. Il y a la nuit et le moment, comme disait l'autre ; et il est des choses que l'on peut dire à un certain moment, et d'autres à un autre.

  Il est intelligent, surtout, pour les auteurs et autrices de n'avoir cédé à quelques sirènes, la référence gratuite et inutile, la répétition qui ne peut être que parodique, la facilité qui, au contraire de la simplicité, est souvent décevante. Ainsi le monde d'avoir pris en compte la paix retrouvée du précédent Avatar ; ainsi la technologie d'avoir considérablement avancé ; ainsi les peuples de se mélanger, comme ils le font en période de paix, et de s'entredéchirer, comme ils le font en période de guerre.

   Si Aang jadis apprenait le rôle d'Avatar, de l'être qui doit apporter la paix aux temps troublés par la balance de ses gestes, qui rétablit l'équilibre non par un centrisme déplacé, mais en annihilant la source des troubles, Korra d'apprendre la vie d'humaine. Il est malheureux de la voir ainsi ballotée de sa certitude première aux pires déprimes, et par endroit ses punitions de verser dans la souffrance gratuite, comme s'il fallait lui faire regretter d'être allée trop vite, trop loin ; mais finalement, est-ce finalement si disproportionnée et gratuit, quand on est l'être le plus puissant de ce monde ?

   Car le ton et le public de changer, et il en va de l'esprit de la série comme il en va de l'âge de ce monde, qui d'une sorte d'âge d'or primordial s'avance vers une tumultueuse adolescence, pleine de cris et de fureur. Ce monde roule des mécaniques, construit des voitures et des paquebots ; ses élus financent des terroristes ou manipulent des élections ; ses champions se servent des pouvoirs sacrés pour amuser la galerie, gagner un trophée ou racketter un ghetto. Ce passé ressemble bien trop à notre présent pour être accidentel.

   Mais la gouvernance et la politique, si elles sédimentent le propos de cette histoire, si le génocide, comme le terrorisme ou les alliances douteuses, sont toujours là dans les discussions, leur importance est moindre au regard du parcours des personnages et de Korra en particulier, dont les doutes, les souffrances et les errances emportent farouchement mon adhésion. Sa dépression me toucha, tant je me reconnus dans ses larmes ; l'automatisme de sa force a quelques dimensions dans mon cœur, tant je fus contraint jadis d'avancer malgré moi ; ses grandes espérances ressemblent aux miennes.

   The Legend of Korra est une série sombre, particulièrement, cruellement sombre. Même Steven Universe ou Gravity Falls ne s'approchent pas de ses thèmes et de ses questions, et jamais la série n'est meilleure que lorsqu'elle demeure resserrée sur ses protagonistes. Me concernant tout du moins, c'est encore la seconde saison ("Spirits") la plus faible, sa cosmogonie étant grandiloquente (voire contradictoire au regard de ce que l'on savait de cet univers...) et sa morale discutable. Le reste, cependant, est beau.

   Il était périlleux de passer derrière The Last Airbender. Il était sage de faire tout autre chose, de partir sur une toute autre direction. Bis repetita placent certes ; mais comme c'est ennuyeux. Le risque paye ; et même si l'on tombe, même si j'ai sans doute plus de griefs envers Korra qu'envers Airbender en termes de rythme et d'écriture (mais, à la décharge de la série, les saisons sont bien plus brèves et obligent à une concentration qui précipite certains enjeux), j'ai apprécié le séjour et son écho grandit progressivement en moi, comme une onde de choc qui doucement avance et détruit les vieilles certitudes.

   Il y a un peu de Grappler Baki, un peu de Yakuza ou de Shemnue, un peu de Miyazaki, un peu de Gundam, un peu de tout cela ; l'animation est souvent juste, parfois belle voire au-delà ; le doublage est extraordinaire ; les thèmes surprenants et déstabilisants, d'une couleur unique. Il ne faut pas y venir en croyant retrouver son enfance perdue ; mais on pourra peut-être y rencontrer une maturité nouvelle.

 

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