Mon Voisin Totoro (1988, Hayao Miyazaki)

Publié le par GouxMathieu

http://laurenbuckley.files.wordpress.com/2008/09/myneighbourtotoro12.jpg  Dans ma vidéothèque, je possède plusieurs films d'animation. C'est là un genre particulier que j'aime énormément depuis ma plus tendre enfance, et je n'ai jamais réellement quitté ce travers. Et que l'on me mette sur un écran un quelconque Disney ou un joyeux Pixar, et mes yeux se font billes noires et ma bouche anonne les ritournelles que psalmodient ces héros de papier.

 

  Cependant, dans cette formidable constellation, si je ne devais retenir que l'un d'entre eux, ce serait le fleuron du studio Ghibli et de son créateur vedette, Hayao Miyazaki : Mon voisin Totoro.

   J'ai découvert ce chef-d'oeuvre par le plus complet des hasards, à une époque où l'Europe, et la France en particulier, n'étaient pas tombées dans la "Japan-mania". Sujet entièrement nouveau, raitement original, enchantement improbable. Que je relate un peu l'intrigue pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas ce monument du grand écran.

  L'histoire se déroule dans les années 40 ou 50, cela n'est pas clairement établi, dans la campagne nipponne. Un père de famille, M. Kusakabe, professeur d'université, et ses deux filles, Mei (4 ans) et Satsuki (11 ans) décident de s'installer loin des villes afin de se rapprocher de leur femme et mère, soignée pour une méchante tuberculose. La nouvelle maison ainsi investie se trouve être à proximité d'un arbre gigantesque, un camphrier, qui la protège et la surveille. Bien entendu, c'est là un nouveau terrain de jeu pour les petites filles, qui vont bientôt découvrir que la forêt est habitée par de curieux êtres, Dieux ou gardiens, les fameux "Totoro".

   Si j'ai l'habitude de ne raconter que le début des oeuvres que je chronique sur ce blog, Totoro fait exception à la règle : ce que j'ai raconté ici constitue l'intégralité, ou si fait, du film. Il y aura certes de petites péripéties, une averse ou une journée d'école, mais rien de plus : Mon voisin Totoro n'est pas un film d'aventures, comme on a coutume de le voir quand on pense "film d'animation" : c'est au contraire un roman contemplatif, plus proche d'un haïku dans l'esprit que d'un roman de Jules Vernes. Il y a peu de dialogues, la musique se fait sautillante, accompagnant les personnages et non les évènements, les décors sont sublimes, chaque plante, chaque libellule ayant été l'objet d'un soin rarement égalé dans le domaine. Et c'est dans ces conditions de silence, où le spectateur se sent mi-intrus, mi-confident, que se déroule ce petit morceau de bonheur.

   Mon voisin Totoro offre ainsi un divertissement improbable pour les enfants de tout âge. Les petits riront et s'émerveilleront devant ces créatures mystiques que l'on désire voir dans son jardin, les plus grands soupireront d'aise en profitant, juste, d'une heure et demie de repos dans un monde devenu bien bruyant et bien turbulent. C'est là la grande force de ce film, qui réussit là où d'autres tombent rapidement dans le "gnan-gnan" et la débilité : toujours juste, jamais grandiloquent ni énervant, il ressemble à ses souvenirs d'enfance où vous aviez la tête dans le giron de votre mère, tandis qu'elle caressait vos cheveux et vous sussurait des mots d'amour, un matin d'été, quand le soleil brille fort et le vent souffle bon.

   C'est un murmure doucereux, un album de photos de famille dont on tourne les pages avec douceur et délectation en se remémorant des temps d'insouciance et de grandeur. C'est la vie dans toute sa quiétude, loin des passions humaines, des vengeances et des meurtres. Il sera bientôt temps d'y revenir : mais pour un peu plus d'une heure, qu'il est bon de se détendre en respirant le parfum du soir et en regardant lentement tomber le pétale d'une marguerite.

 

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