Pikmin (2001, Shigeru Miyamoto)

Publié le par GouxMathieu

http://download.gameblog.fr/images/blogs/5413/30898.jpg  Je ne suis pas un grand fanatique des jeux de stratégie, qu'ils soient au tour par tour ou en temps réel. Même si j'ai pu parler ici de Warcraft III, j'indiquais en incipit mon désamour pour ce genre qui a ses fanatiques et ses admirateurs. Pourtant, il en est un qui, par son univers, son ambiance et son parti-pris, a failli me réconcilier définitivement avec ce genre majeur du média, Pikmin.

 

  L'histoire de Pikmin se situe dans un monde qui n'est pas réellement le nôtre, à une époque qui n'est pas réellement la nôtre. Venu d'une lointaine étoile, un cosmonaute extraterrestre du nom d'Olimar doit se poser en détresse sur une planète inconnue du fait d'une avarie technique. Malheureusement, l'atterrisage se fait avec pertes et fracas, et même si Olimar parvient à s'en tirer sain et sauf, ce n'est pas le cas de son vaisseau dont les pièces ont été éparpillées aux quatre vents. Bien qu'il puisse voleter légèrement sur un périmètre limité, il lui est impossible de repartir dans l'espace et, plus grave encore, l'atmosphère de la planète lui est toxique : il n'a qu'une trentaine de jours pour retrouver les pièces les plus importantes de sa machine, et éventuellement les autres, plus accessoires mais qui augmenteraient son confort de vol, avant d'affronter une mort certaine.

  Tandis qu'Olimar cherche une solution à son épineux problème, il fait la rencontre de créatures étranges, les pikmins. Espèces vivantes à la croisée des animaux et des végétaux, ils naissent magiquement grâce à des oignons de couleurs une fois qu'ils ont été nourris. Ces petites bestioles deviennent alors des serviteurs zélés aux ordres d'Olimar, qui va pouvoir alors les utiliser pour explorer son environnement, combattre les menaces potentielles et, surtout, récupérer les morceaux de son vaisseau. Si seul un pikmin est faible, en nombre, rien ne les arrête : et à la tête de cette armée formidable, Olimar va devoir lutter contre le temps qui court inexorablement dans l'espoir fou de repartir de cette planète étrange.

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  Par certains aspects, Pikmin peut être considéré comme un jeu de stratégie "allégé" : les commandes sont simples, il y a peu de ressources à gérer, les zones restent assez limitées. Cependant, les développeurs n'ont pas non plus oublier d'inclure un peu de difficulté dans ce titre, notamment en créant trois catégories de pikmins : les rouges, les plus puissants et résistant au feu, les jaunes, qui peuvent être lancés haut et loin et résistants à l'électricité, et les bleus, les plus faibles de tous mais seuls capables de survivre en terrain aquatique, normalement mortel pour les autres créatures.

  Ces caractéristiques vont devoir être exploitées afin d'explorer les différents niveaux, garnis de pièges en tous genres : geysers enflammés, plantes électriques, mares profondes. Et, surtout, la faune particulièrement agressive prendra un malin plaisir d'aller au contact afin de réduire les effectifs, car ils sont tous particulièrement friands des pikmins. Ces créatures sont pour le moins étranges : des insectes géants, des scarabées volants, des têtes d'oiseau surgissant de terre comme des taupes. Brutalement, le joueur comprend alors l'astuce : ce ne sont pas ces créatures qui sont énormes, mais bien les personnages qui sont minuscules.

  L'univers de Pikmin, qui était jusqu'à présent qu'un prétexte à un jeu de stratégie mignonnet, se teinte alors d'une légère préoccupation écologique : et de l'aveu même du créateur, Shigeru Miyamoto, la Terre du jeu est bien la nôtre, mais une Terre vidée de l'existence de l'homme et sur laquelle la nature a repris ses droits, et a tout envahi. Si les traces de cette civilisation passée sont très faibles ici, elles seront beaucoup plus présentes dans sa suite, Pikmin 2, mais l'arrière-plan est bel et bien là : Pikmin devient le délire imaginatif et uchronique d'une planète ou l'Homme a miraculeusement disparu, naturellement ou de sa propre main, et où la vie a repris tous ses droits.

  Le fait, également, de choisir de faire prendre place l'aventure dans un univers gigantesque renvoie à une toute une mythologie bien connue, le monde de Lilliput et consorts, où le moindre obstacle, insignifiant pour nous, devient une barrière infranchissable : une brindille fait office de pont, une flaque devient un océan ; et toute cette faune, nombreuse, des fauves affamés prompts à sortir mandibules et pattes pour saisir la pitance qui leur est servi.

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  D'un point de vue gameplay, cet univers est rendu par la multitude de personnages à contrôler, car c'est au maximum cent pikmins qui suivent religieusement Olimar. Il faudra alors apprendre, pour lutter contre les jours qui défilent et, du reste, rentrer la nuit venue car les pikmins ne peuvent survivre sans la lumière du soleil, à déléguer et répartir les tâches, diviser ses équipes pour en envoyer une construire un pont, l'autre détruire une barrière de bois, la troisième ramener de la nourriture ou une pièce de vaisseau à la base, la dernière affronter une créature gargantuesque.

  En définitive, il faudra beaucoup de courage, de jugeotte et d'audace pour finir ce jeu. S'il est relativement facile de réunir les pièces nécessaires pour qu'Olimar quitte la planète, il faudra bien plus d'intelligence pour toutes les récupérer et parvenir, victoire ultime, à ramener avec soi les pikmins et leurs oignons sur la planète natale du cosmonaute. Quant à celui qui n'y serait pas parvenu, il n'aura d'autres choix de voir Olimar devenir lui-même un pikmin et affronter les dangers qu'il observait alors de loin, curieux retour de bâtons et punitions de celui qui n'aura su être un chef légitime.

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  Pikmin semble faire l'éloge ou, tout du moins, semble appuyer la philosophie du "guide", de l'être éclairé qui, car civilisé, est apte à diriger les servants et les êtres inférieurs pour l'aider dans sa quête. Il y a sans doute un peu de cela, ici ; mais cette troisième fin, la "mauvaise" peut-on dire, de rappeler que, comme le disait La Boétie, "ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux" : et le peuple de pouvoir se relever pour le ramener à sa condition. Olimar, tout aussi petit que les pikmins, est tout aussi vulnérable à ce monde qu'il explore.

  De là, il s'agit davantage d'un rapport de bonne intelligence, plutôt qu'un rapport de domination : Olimar apporte l'aspect logistique, la direction globale à prendre pour que l'entreprise complexe réussisse, les pikmins apportent le travail, le labeur, permettant à cette mission de s'accomplir. Si l'un des deux échoue, le groupe entier échoue, et tout le monde paie les pots cassés.

  Serait-ce là, finalement, le but de la démocratie, non pas l'égalité parfaite entre les classes, mais leur fonctionnement intelligent malgré leurs différences ? Mais cela, finalement, est une autre histoire.

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