Rayman Origins (2011, UbiSoft)

Publié le par GouxMathieu

   Sur ce blog, je traite rarement d'actualité concernant les objets culturels. Je suis de ceux qui, bien que s'enthousiasmant sur l'instant lorsque quelque chose le mérite, préfère laisser les années faire leur œuvre avant de me prononcer : nombre de choses que l'on croyait intemporelles sur l'instant ne résistent guère aux modes et aux générations, personne ne me contredira. Cependant, il est une grande exception à cette règle pleine de bon sens : la prévention de la disparition précoce d'une œuvre qui ne le mérite pas. Et Rayman Origins, si rien n'est fait, va foncièrement connaître ce sort.

 

 

   Celles et ceux qui ne connaissent pas le personnage de Rayman se rattraperont en lisant mon article du jour sur Grospixels. Les autres le liront également (un peu de publicité n'a jamais fait de mal) (mon Dieu, j'ai vraiment écrit ça ?), en profiteront pour aller écouter quelques morceaux de musique de cet excellent titre et y joueront dans la foulée car cela leur aura rappelé de joyeux souvenirs. Une fois cela fait, reprenons. Rayman fut longtemps laissé sur la touche par son créateur après trois épisodes acclamés par les joueurs et la critique, principalement pour se lancer dans d'autres projets (nommément Beyond Good & Evil, dont je reparlerai tôt ou tard). Mais l'on savait bien que, tôt ou tard, Michel Ancel reviendrait vers son chef d'œuvre. Après avoir été annoncé sous forme d'épisodes téléchargeables, après avoir subi de nombreuses modifications, voici venir Rayman Origins, l'un des titres les plus importants de ces dix dernières années et pour plusieurs raisons, que je m'en vais énumérer.

   La plus importante est le retour sur le devant de la scène vidéoludique d'un genre qui connut son âge d'or au début des années 90 avant de tomber en désuétude à partir des 32-bits, celui des jeux de plates-formes en deux dimensions et de son corollaire : la bonne humeur. Sans partir dans un historique du média, sachez qu'il subit, comme tous les autres arts du reste, plusieurs modes : les premières années furent celles (pour les consoles de salon et les ordinateurs tout du moins) du jeu d'aventure, les suivantes celles du jeu de plates-formes, la fin des années 90 par le jeu d'exploration en trois-dimensions, les récentes par le jeu d'action en vue subjective (first person shooter ou fps). Et il est rigolo de voir que cela est allé avec une modification flagrante des univers arpentés, et je pourrai même faire mon Hugo : le premier âge était celui de l'épopée, où l'on colonisait le monde et marquait de sa main les terres vierges pour les faire siennes. Le deuxième âge était celui du lyrique, où l'on arpentait des contrées verdoyantes sous un ciel resplendissant en chantant le monde. Le troisième âge, celui que l'on connaît actuellement, est celui du drame, ou plutôt de la violence : tout n'est que mort, sang et cris.

   Évolution symptomatique de notre société ? Tendance de nos époques à voir la vie non pas en rose, mais bien en noir ? Je ne sais. Mais je suis convaincu que le jeu vidéo, loin d'être devenu violent comme certaines élites bien-pensantes aiment à nous le dire, est aujourd'hui profondément triste. L'on ne rêve plus, l'on n'est plus exalté, l'on n'est plus émerveillé. Et cela ne doit pas durer davantage. Rayman Origins, en réinstallant le jeu de plates-formes (comme d'autres récemment du reste, il n'est pas pionnier mais bien génie) réinstaure par là même les cieux bleus, les arcs-en-ciels, l'appel au rêve.

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   Ensuite, Rayman Origins réinstaure quelque chose qui s'était perdu : la musique de qualité cd-rom. Je copie ici un extrait de mon article sur ZePlayer.

  " quand vous écoutez la musique de Rayman (vous pouviez même mettre votre CD dans un ordinateur pour directement écouter les mélodies au passage), vous n'écoutez pas de la « musique de jeu vidéo », mais de la musique tout court.

   Ce n'est pas tout. Éric Chevalier est un magicien, et un musicien : et quand on lui donne un support CD, il s'amuse. Outre donc les traditionnels violons, pianos et tambours, il n'hésite pas à utiliser gongs, guitares, violoncelles, triangles, grelots, guitares... J'ignore combien d'instruments ont été utilisés, mais le résultat global est formidable.

   Rayman Origins suit la marche illustre de son ancêtre, en y ajoutant à présent des voix totalement hilarantes : le thème jazzy des poissons, ou encore le semblant de soprano des stages volcaniques sont des modèles, le genre de musique que l'on jurerait tout droit sorti d'un film d'animation Nickelodeon. Elles sont accompagnées du reste par des instruments que l'on aimerait entendre plus souvent, guimbarde, kazoo ou didgeridoo, et la qualité est encore au top. Je regrette de ne pas avoir la version collector du jeu avec les musique, et que le jeu (du moins, aussi loin que je suis allé) ne propose pas de sound-test (ce qui devrait être disponible de base selon moi, mais bon...) mais c'est là un moindre mal.

   Rayman Origins, et les Rayman en règle générale n'ont jamais été que de simples jeux de plates-formes. Ils sont également un formidable cri d'amour à la musique : leurs mélodies accomplissent toujours le double tour de force non seulement de toujours coller parfaitement à l'action, mais de pouvoir être écoutées en-dehors du jeu en lui-même. Merci et bravo, Monsieur Chevalier, merci et bravo, Monsieur Héral."

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   Enfin et non des moindres, Rayman Origins est un jeu magnifique, un dessin animé interactif comme j'en ai rêvé étant petit, et dôté d'un challenge incroyable, ni trop difficile, ni trop évident bref, un chef d'œuvre intégral.

   Si vous voulez faire un cadeau pour ce Noël, offrez un Rayman Origins. Vous ferez au moins trois heureux : celui qui le recevra, vous-même en voyant le visage de votre aimé s'illuminer en le découvrant, et le jeu vidéo, qui grâce à ça sortira du miasme de déprime dans lequel il est enlisé.

   D'avance et à tous, merci.

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