La Rubrique-à-Brac (1968 - 1974, Marcel Gotlib)

Publié le par GouxMathieu

  J'agis énormément par mode. Pendant une semaine, un mois, un semestre entier parfois, je vais me replonger corps et biens dans l'une de mes vieilles amours, qu'il s'agisse de gastronomie, de musique, de cinéma ou, le cas échéant, de bandes dessinées. Et pendant ce temps précis je ne vais manger, écouter, voir, lire que cela et cela seul. Récemment, je me suis rappelé de Marcel Gotlib ; et récemment, je me suis replongé dans la Rubrique-à-Brac. De déménagements en déménagements, elle fait partie des rares séries que je n'oublie jamais sur mon chemin, sachant avec pertinence que tôt ou tard, j'y reviendrai.

 

  Je pourrais parler longuement de Marcel Gotlib, ce qui l'énerverait car il semble au combien modeste. Je pourrais parler longuement de Mai 1968 et de la Libération que cette bande dessinée, et d'autres faisant notamment partie du journal Pilote (mâtin, quel journal !), a représenté pour toute une génération. Je pourrais parler encore d'Isaac Newton, du Professeur Burp, du commissaire Bougret ou d'une certaine coccinelle, voire d'un crapaud chantant du blues et parlant de mamie, ou encore de brocolis.

  Je ne le ferai pas, car ce blog, et cet article à fortiori, ne désire par être encyclopédique.

  En revanche, je puis parler de quelque chose qui m'a frappé et ce depuis que je connais la série, soit depuis mon adolescence, plus ou moins : c'est que mes amis, mes collègues de lycée ou de faculté etc. parfois même plus vieux que moi, ne connaissaient ni Marcel Gotlib, ni la Rubrique-à-Brac.

  Cela surprendra sans doute certains des lecteurs de ce blog, cela fera hausser les épaules aux autres en disant "et alors ?". Et je leur répondrais "vous me dégoûtez".

  Je ne me considère sûrement pas comme une élite, et ma culture générale est sans aucun doute lacunaire dans bien des domaines, l'Histoire et la Géographie en premier lieu, la politique en second. Cependant, en matière d'art, je pense - du fait de mes études, il faut savoir rendre à César etc. - avoir une certaine culture générale, plus ou moins approfondie selon siècles et domaines, mais assez globalisante. Pour parler plus famillièrement, "je connais mes classiques" ; et quand bien même je n'aurai su tout lire, ou quand bien même ces lectures commencent, pour certaines, à dater (de mémoire, Boule de Suif doit dater de plus de dix ans...), je pense être au fait de ce que l'on définit, élite comme population, comme des "passages obligés".

  L'idée peut bien sûr paraître, par endroit, un rien réductrice, mais c'est ainsi : tout un chacun sait se représenter, même grossièrement, La Joconde ou retrouver les premières notes de la 5ème Symphonie de Beethoven ; tout un chacun connaît l'histoire de Moby Dick ou des Misérables, ou a déjà entendu parler de Georges Washington. Mais j'ai remarqué que malgré son statut officiel de "neuvième art", la Bande Dessinée était souvent aux abonnés absents à ce niveau-là.

  Plus que jamais, elle reste fermement liée à des critères générationnels comme je le disais plus haut et les "classiques" d'un âge peinent à l'être pour les enfants d'après, comme si cet art, plus que la musique, la Littérature ou la sculpture, était un art du journalistique et de l'instant, comme si le poids des années pesait bien plus que nulle part ailleurs. C'est là une critique, mais je me retrouve également dedans : si je puis parler de Tintin, d'Astérix ou de Gaston Lagaffe, je suis absolument novice concernant les Pieds Nickelés, Popeye ou Bécassine. Et j'imagine que les adolescents d'aujourd'hui évoquent Lanfeust de Troy avec des étoiles dans les yeux, mais ignorent jusqu'au nom de Buck Danny.

  C'est, j'en ai peur, un fait : la bande dessinée a du mal, aujourd'hui encore, à prétendre à une forme d'intemporalité là où le jeu vidéo, par exemple, bénéficie d'un certain attrait pour les origines de son histoire, et je ne parviens pas à l'expliquer.

  Ma plus grande peur, c'est que la Rubrique-à-Brac sombre dans l'oubli le plus parfait, qu'il ne soit plus lu que d'une poignée d'élites véritables cette fois-ci bref, qu'elle devienne à la bande dessinée ce que la Littérature médiévale peut parfois être pour les lecteurs : des œuvres d'un autre temps et d'un autre âge, dont la compréhension n'est réservée qu'à une certaine frange de la population.

  Aussi, je vous en conjure, si vous lisez ces lignes : parlez-en autour de vous. Soyez sûrs que vos amis proches connaissent cette série. Et s'ils ignorent les délices d'humour glacées et sophistiquées qui s'y cachent, prêtez-leur un tome ou deux.

  Et tous ensemble, nous pouvons faire de ce monde un endroit meilleur, et manger nos brocolis en paix.

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superhéro 21/02/2013 13:50

Bonjour,

Je me rappelle d'une planche de Gotlib, sans doute rubrique a brac, où il y avait un "homme à idées" que sa petite fille interrogeait avec une question du style "pourquoi les paquebots vont-ils sur
l'eau ?" et la réponse finale était "parce que transat-lantique"
Je cherche désespérément les références exactes de cette page depuis des années, si quelqu'un peut m'aider ....

GouxMathieu 21/02/2013 14:39



Il s'agit du sketch "Technocratie", dans la Rubrique à Brac n°4, p.62-63.


Bien à vous ;)



fau 11/06/2011 14:14


Gotlib, c'est la vie. Point final.


Attila Goldfish 21/05/2011 20:03


Il faut avoir confiance et laisser le temps au temps. La Bible n'a pas été un best seller dès sa sortie, et seuls quelques initiés en avaient entendu parler. Le bouche à oreille a fait le reste.
Prions pour que le même sort attende R-à-B, il le mérite. Un jour peut-être nos descendants porteront des coccinelles autour du cou, et s'agenouilleront devant des représentation de Newton. Alors
l'Homme sera.


Cécile 21/05/2011 15:22


Cher Mathieu,
je dois dire que je suis extrêmement vexée... Je suis sûre de faire partie au moins de tes collègues de fac et je dois protester vigoureusement: JE CONNAIS PARFAITEMENT LES RUBRIQUE-A-BRAC et
Gotlib! et ce depuis fort fort longtemps. D'autre part, je suis une fan inconditionnelle de Gaston Lagaffe, je ne raffole certes pas de Tintin, mais je suis aussi une petite novice concernant les
pieds nickelés et je dois avouer que j'aime également Langfeust.Ceci dit, je suis aussi une spécialiste de la littérature médiévale...
Alors je te le demande, j'appartiens à "une certaine frange de la population" ou à une certaine élite?
Mais trêve de plaisanterie, je suis d'accord avec toi, la BD, de tout les temps gagne à être connue et que Gotlib tombe ds l'oubli serait absolument dramatique et affligeant...Alors merci pour ce
petit article!