Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)

Publié le par MathieuGoux

   J'ai été surpris de voir que Cédric et moi, nous avions le même âge. La bande dessinée, bien entendu, comme le gamin l'était déjà dans le tout premier album. Même si je m'en suis éloigné, j'y repense souvent, avec une tendresse mêlée de nostalgie.

 

 

   Évidemment, je lisais ça dans Le Journal de Spirou, avant d'acheter les albums une fois disponibles. Quand j'étais enfant, ce n'était pas le héros dont on parlait le plus, mais plutôt de Titeuf. Je n'ai jamais vraiment aimé ce dernier : trop vulgaire, trop simpliste, trop irrévérencieux à mon goût. Moi qui connaissais surtout Boule et Bill, et qui étais très timide voire timoré, peu intéressé encore par les choses de la vie, Cédric convenait bien mieux à mon tempérament.

   Je me retrouvais ainsi davantage dans Cédric, dans ses amours gênées, dans ses amitiés uniques, entre ses parents et son grand-père, la télévision et les drames, si grands et si petits, de la cour de recréation. Au regard du Petit Spirou, qui s'est d'ailleurs érotisé au fur et à mesure avec beaucoup de maladresses à mon goût, Cédric ne s'est jamais départi de son esprit premier, et c'est très bien comme ça.

   Évidemment, l'écriture inimitable de Raoul Cauvin est ici à recommander. Qu'on ne cite pas ce scénariste, extraordinairement prolifique, plus souvent aux côtés d'autres grands noms de la bande dessinée me dépassera toujours. Le génie a toujours quelque chose de subjectif dans sa définition, et autant, il est vrai, tout ce qu'a pu scénariser Cauvin n'est pas frappé du sceau de l'éternité, autant il y a du grand talent à mettre des mots dans la bouche des enfants.

   Ce que j'aime surtout avec Cédric, au regard par exemple du Petit Nicolas, c'est que son monde est assez bien intégré au réel, à ses enjeux et ses problématiques. Même si les événements ne sont jamais sur le devant de la scène, on va parler de la place des femmes dans le foyer ; des soins et des égards que l'on doit aux anciennes générations ; de la guerre et de l'amour. C'est par petites touches, on ne s'éloigne jamais trop du centre, mais c'est notable et agréable.

   Le style de Laudec, également, a toujours été très plaisant à mes yeux. Il est sur la frontière entre une ligne claire, efficace, et un bouillonnement qui peut faire penser à du Bercovici, toutes choses égales par ailleurs, quelque chose d'un peu moins défini dans les cheveux ou dans un habit, dans une texture particulière. Il faut, là encore, bien du talent pour savoir croquer la poésie du quotidien, et Laudec y parvient très efficacement avec même un luxe de détails, parfois, qui plaît toujours.

   Quelque part, il y a de l'Esther dans Cédric, ou le contraire, et sans que la réalité ne soit trop fortement et explicitement nommée. On ne donne pas de noms de célébrités, la ville où l'on habite n'est pas toujours nommée, les ruelles et les avenues sont anonymes. C'est une force. Quand j'étais petit, je pouvais bien croire Cédric fréquenter mon école ; et je gage que bien des enfants de ma génération ont pensé la même chose.

 

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