L'Agent 212 (1981 - en cours, Cauvin & Kox)

Publié le par GouxMathieu

   Il y a quelques semaines de cela, Raoul Cauvin nous quittait, laissant un vide immense. J'ai déjà eu parlé de lui, et de l'une de ses séries sur ce journal : il y en a tant d'autres pourtant. J'ai parcouru une nouvelle fois, et tout récemment, l'Agent 212, la plus médiocre et la plus sympathique de celles que je puis connaître.

 

   L'Agent 212 fait partie des séries thématiques dans lesquelles excellait le scénariste prodigue et qui se consacre à tel ou tel corps de métier : les infirmières, les professeurs, les chauffeurs de taxi, que sais-je. La chose n'est cependant pas tout à fait réalisée ici, dans la mesure où bien que la série parle, grossièrement, de la police, elle se concentre sur une figure tutélaire, ledit Agent 212, alors que Les Femmes en blanc par exemple, Les Profs encore, se faisaient série chorale et modulaient le point de vue. L'Agent 212 n'est ainsi pas tant une bande dessinée sur la police qu'une bande dessinée sur un policier.

   Il peut être étrange de lire cette série aujourd'hui, compte tenu de l'actualité que nous savons, en France, concernant la police et ses relations avec la population, pour être volontairement vague. Bizarrement, elle en deviendrait presque meilleure : car le scénariste évite l'écueil que l'on craignait, de trop héroïser sa figure ; et même comme pour plaire aux derniers, on évite aussi de le rendre parfaitement ridicule. En un mot, il l'humanise comme Franquin, jadis, humanisait occasionnellement Longtarin entre deux contraventions et un fantasme autoritaire.

   Il est ainsi étrange, surtout quand on connaît les autres séries, de voir à quel point on parle finalement peu de la police dans cette série : si ce n'est une (presque) unique histoire, qui parle de la façon dont Arthur parvient à faire grève malgré l'interdiction due à son statut, pour améliorer les conditions de travail de ses compagnons, une autre qui évoque le faible nombre de femmes dans la police, une dernière qui parle de l'usage des armes à feu, Raoul Cauvin compose son personnage comme il le ferait d'un contrôleur des impôts ou d'un quelconque rond-de-cuir. Arthur est un agent de la fonction publique tenu de faire son travail, mais qui rêve surtout de ses pantoufles, de sa série télévisée et de son divan.

   Pudiquement, et précisément pour éviter d'aller en des terrains glissants, la série fait d'Arthur un "petit" flic de ville, souvent cantonné à la circulation et aux voitures mal garées, aux chiens qui s'oublient sur les trottoirs et aux chats suspendus aux clochers. Il n'interroge personne, il n'arrête pour ainsi dire nul voleur : c'est un placide débonnaire, rondouillard et tranquille, qui compte les heures entre deux couchers. Les histoires se répartissent ainsi entre service citadin, où il sera le dindon de la farce, et stationnement gênant, qui nous rappelle que tout le monde déteste la police.

   Les histoires finissent cependant toutes par se rassembler, c'est le devenir de ces séries feuilletonnantes qui passaient bien, à l'époque, dans l'hebdomadaire Spirou, mais qui fatiguent nécessairement une fois mises en album. Tout au plus, cela permet de mieux se rendre compte de l'évolution du style de Kox, qui s'arrondit et se caoutchouta avec le temps pour devenir fort plaisant, du moins, je l'ai toujours aimé : mais on gagnera à picorer ça avec parcimonie, sous peine d'indigestion.

   Disons-le cependant, ne soyons pas hypocrite : L'Agent 212 est une série assez plane, presque mauvaise par endroit, dans son écriture ; du moins, Cauvin a fait bien, bien mieux et bien, bien plus drôle. L'impossible politisation de son sujet empêche de trouver une quelconque chronologie à ces histoires, il n'y a aucune référence à l'actualité, les voitures seront toujours en zone bleue. J'ai de la tendresse, pourtant, pour ces personnages que j'ai suivis depuis mon enfance : et il m'attriste surtout de savoir que même par désœuvrement, je ne pourrai plus jamais lire d'histoire originale de ce brave Raoul.

 

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