Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)

Publié le par MathieuGoux

   Incontestablement, si Le journal de Spirou et Le Journal de Mickey ont été mes magazines d'enfance, Fluide Glacial a été celui de mon adolescence tardive. Même si mes lectures furent plus courtes, elles furent tout aussi, sinon plus importantes que les autres.

 

 

   Fluide Glacial, quand j'étais collégien, avait tout du mythe ou de la subversion délictueuse. On s'échangeait, sous le manteau, quelques feuilles arrachées à un grand frère ou une grande sœur, où l'on voyait un sein, un phallus, où on lisait un gros mot ou une insulte très bien choisie. On en rigolait, honteuses et honteux, et on savait l'interdit que l'on transgressait. Quelques années plus tard, je pouvais acheter les numéros seul ; je les lisais goulument.

   C'était le début des années 2000 ; les spécialistes me répondront que ce n'était pas la meilleure période. Sans doute, peut-être ; mais je n'en connaissais pas d'autres. Je ne connaissais pas encore Gotlib, je ne connaissais pas encore Carmen Cru ou les Bidochon ; j'avais des échos de ceci ou de cela, mais c'était des formes et des noms qui étaient si éloignés de mon univers qu'ils pouvaient bien ne jamais avoir été réels.

   Dans cette période pourtant, j'ai fait de belles découvertes. Larcenet tout d'abord, et Minimal, qui reste l'un de mes albums favoris ; des histoires de Clarke, que je connaissais via Mélusine ; Édika surtout, dont le style baroque et les histoires multiples m'essoufflaient autant qu'elles m'intriguaient. Les chroniques, également, de Bruno Léandri, qui m'apprirent tellement de choses sur tellement de sujets, et que je n'ai jamais oubliées.

   Il m'arrive encore, parfois, de saisir un numéro de Fluide Glacial dans un kiosque, quand je dois prendre le train ou par hasard. Je le feuillette avec intérêt, je ne reconnais pour ainsi dire personne. Des choses me font encore rire, d'autres moins. Je vieillis, pour ainsi dire ; c'est encore ce qui peut m'arriver de mieux.

  

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