Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)

Publié le par MathieuGoux

   Le roman social me ramène toujours à lui, incontestablement ; il faut dire que Victor Hugo a été l'un de mes pères littéraires. Je connaissais Jacquou par un feuilleton télévisé dont me parlait ma mère, et qu'elle suivait quand elle était enfante. Je n'ai pas encore vu la série, mais j'ai depuis lu le roman ; et j'y ai trouvé de très belles choses.

 

 

   J'ai appris à aimer la littérature avec Les Misérables, j'en ai déjà parlé jadis ici ; mais c'est par davantage de hasard que je venais à Jacquou le Croquant, que je trouvais dans une ressourcerie, abîmée et tachée, mais à vil prix. Ce devait être un exemplaire d'école : dans les premières passages, on avait isolé des extraits par des crochets, et souligné en couleurs des compléments circonstanciels divers. J'avalais le récit très vite, sans m'arrêter ou presque, porté moins par l'histoire que par la langue, surtout.

   Les jacqueries et les histoires paysannes, on les connaît bien, je crois, et c'est toujours un univers que j'aime à lire. Comme nombre d'entre nous, j'ai des ancêtres qui tiraient la terre et soulevaient les foins ; et même si je ne fais pas ce métier, je me sens comme toujours redevable de cette souffrance passée.

   Mais au-delà de ces histoires de révolte et de misère, de cette faim et de ce froid très bien décrites, de ces images fortes qui se dessinent sous nos yeux ; la langue de l'auteur m'a profondément touché. Il y a comme un archaïsme d'ancien régime auquel je reste toujours sensible, de la Renaissance voire, quelque chose de ces dérivés, de ces verbes empréfixés et de ces noms sursuffixés que l'on a simplifiés depuis, mais que j'aime toujours. Certains m'étaient même inconnus : je regardais dans mes dictionnaires historiques, et ne les trouvais pas tous.

   Ce travail poétique-là, je l'ai trouvé particulièrement remarquable, sans doute d'ailleurs parce que je l'observe moi-même : on aime toujours chez les autres les qualités que l'on se prête et que l'on estime. Incontestablement, c'est ce qui m'a fait tenir et poursuivre la lecture. Je peux excuser une narration faible ou inexistante, les clichés et les facilités : mais un style me déplaît, et je range le livre pour ne plus jamais le toucher.

 

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