Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)

Publié le par MathieuGoux

   Parmi les types de jeu auxquels je joue rarement, voire jamais, les deck builders me sont largement inconnus. C'est une logique ludique dans laquelle j'ai du mal à rentrer, je ne parviens à rien ; aussi me faut-il un univers qui me parle beaucoup pour me retenir.

 

 

   Inscryption m'a effectivement beaucoup plu, et c'est sans doute l'un des rares du genre sur lequel j'aurais passé le plus de temps. Contrairement à ce qu'il y paraît, Inscryption est davantage un jeu d'aventure qu'un jeu de cartes : du moins, cette partie de l'histoire est davantage un prétexte à la narration que son intérêt principal, et c'est sans doute pour cela que le jeu me plut autant.

   Le système, aussi, se manipule particulièrement bien et très rapidement, on peut devenir invincible sans même y réfléchir ; mais les concepts et les astuces sont introduits très progressivement, les morts nous renseignent davantage qu'elles nous punissent, on se laisse doucement imprégner par l'ambiance et on se pique de découvrir les nombreux secrets du jeu.

   Des jeux de Daniel Mullins, c'est sans doute celui que j'ai préféré même si tous ceux que j'ai pu faire ne sont jamais qu'une variation sur le mythe du jeu vidéo hanté ou possédé. L'ensemble construit ce faisant une méta-narration complexe où des thèmes, des figures, des personnages, reviennent de loin en loin dans une sorte d'univers partagé. Mais autant avais-je trouvé The Hex maladroit ; autant ai-je eu de la sympathie pour Pony Island, même s'il est bien trop long pour son propre bien ; autant Inscryption m'a totalement absorbé.

   Il n'est pas sans défauts, notamment concernant sa narration qui est, là encore, un peu maladroite par endroit, un peu lourde, elle ne se fait pas suffisamment confiance ; mais le reste est tout de même rattrapé par de nombreux morceaux de bravoure, de très bonnes idées d'ambiance et de jeu, une atmosphère qui fonctionne particulièrement bien. Depuis, j'ai découvert le "Kaycee Mod" qui renforce les mécaniques de gameplay et propose une aventure mieux verrouillée et mieux faite, et je le recommande nécessairement.

   Il y a aussi dans Inscryption, et on l'a vu assez ces derniers temps avec d'autres initiatives à la frontière de l'artistique et de la blague, la preuve que toute une génération grandissante introduit à présent parfaitement le jeu vidéo dans son univers culturel, comme avant avec le cinéma, la télévision ou la musique. Nous n'avons plus vraiment besoin de nous justifier d'y jouer ou d'y faire référence, ce n'est plus parfaitement honteux.

   L'horreur est sans doute l'une des premières manifestations de cette prise de conscience : nous sommes dans l'âge des Necronomicon et des Videodrome, le moment où l'on effraie la nouvelle génération comme pour protéger son pré carré. Cela ne fonctionnera pas : et la pulsion de vie remplacera bientôt la pulsion de mort.

 

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