Spy X Family (2019 - en cours, Tatsuya Endō)

Publié le par MathieuGoux

   Je ne cherche pas, ou plus, à me distinguer de la masse, du moins pas culturellement. Je cultive évidemment mon jardin secret, mais lorsque j'entends parler d'un nouveau succès, je ne désire pas volontairement m'en détourner. Souvent le succès est mérité ; parfois, vous le trouvez même faible.

 

 

   Spy X Family m'a immédiatement convaincu, à peine ai-je entendu parler de son principe fondamental, à peine ai-je lu les premières pages. Il y a, déjà, tout ce décor de la guerre froide qui devient si irréelle, mythique déjà comme l'était la seconde guerre mondiale quand j'étais petit ; cette confrontation étrange qui en appelle à plusieurs traditions, les agents secrets, les tueurs à gages, les pouvoirs psychiques. Indépendamment, j'aime ces trois intrigues ; ensemble, cela donne quelque chose de brillant, et de bizarrement neuf.

   C'est étrange, car la bigarrure produit régulièrement des monstres, des pâtés d'alouette et des sirènes laides. Plus encore, j'ai dit à plusieurs endroits de ce journal à quel point j'aimais la concentration, même dans la longueur, et préférais ne jamais m'éloigner du propos premier. Spy X Family fait pourtant tout le contraire ; c'est un manga "tranche de vie" dissimulé ; c'est de l'aventure dans des écoles bourgeoises ; c'est une histoire de couple ; c'est une histoire fantastique ; ce sont des combats et des explosions. Et ça marche.

   Je ne sais pas exactement pourquoi je me sens si investi dans ce rapetassage, et sans doute cela a-t-il surpris tout le monde. On sait bien que la bande dessinée, les mangas bien entendu, est souvent tonitruante et j'ai eu à relater, ici, bien des intrigues curieuses et des fantasmes d'enfants. Bizarrement aussi, ce manga est peut-être sage au regard des autres dont j'ai parlés ici ; mais il gagne en tendresse ce qu'il perd en folie.

   Car il y a du cœur là-dedans ; une sincérité et une sympathie réelles, que l'on ressent dans les mimiques, impayables, d'Anya ; dans la maternité violemment douce de Yor ; dans la surprise qui gagne progressivement Loid. Ces histoires des familles de fortune, elles sont vieilles et en plissant les yeux, on peut bien voir ici un peu de Causette et Valjean. Mais je les lis toujours avec plaisir, et elle me font toujours pleurer de joie, comme si j'y voyais quelque chose que j'ai vécu, et dont je connais la valeur. 

 

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