Raoul Cauvin (né en 1938)

Si ce n'est Placid et Muzo ou Pif & Hercule, mes premiers contacts avec la bande dessinée se sont faits avec ce qu'on aura appelé "l'école de Marcinelle" : Astérix, Lucky Luke, et Spirou notamment, et j'ai été longtemps abonné à l'hebdomadaire du même nom, vitrine publicitaire et artistique des éditions Dupuis. Cela m'a permis de découvrir l'un des scénaristes les plus prolifiques du média, Raoul Cauvin.
Sans le savoir, je connaissais Cauvin avant même de lire Spirou, l'hebdomadaire : il apparaît effectivement, préposé à la photocopieuse, dans quelques aventures de Gaston Lagaffe. Mais après cela, son nom était partout, toujours. L'Agent 212, Cupidon, Les Psy, Les Paparazzis, Cédric, Les Femmes en blanc... Se faisant une spécialité de croquer le quotidien de différents corps de métiers, ce qui est devenu depuis une parodie de ce que la BD a su faire de plus convenu depuis plusieurs années, on ne peut que saluer l'hétérogénéité de son écriture et la culture encyclopédique qu'il acquit ce faisant.
Il y a, effectivement, beaucoup de variations dans son style. Si le comique demeure son arme de prédilection, il sait modifier ses ressorts dans un esprit qui n'est pas sans rappeler le Goscinny d'alors, quand bien même les deux personnages ne joueraient pas dans la même catégorie. Tantôt burlesque ou grotesque, ailleurs plus lettré voire onirique, il est parfois difficile de trouver un étymon spirituel tant il sait changer de genre à la volée. Que de nuances, ainsi, entre la vie domestique d'un Cédric et l'héroïsme ridicule de l'Agent 212, entre la surcharge de travail des Femmes en blanc et le macabre de Pierre Tombal !

Peut-être, ce qui caractérise le mieux encore ce travail, et ce que l'on retrouvait également chez Goscinny, c'est cette attention portée à l'historicité, à l'exactitude de son propos. Qu'il en appelle à la Grande Histoire dans les Tuniques Bleues ; aux avancées médicales dans les Femmes en blanc ou aux thérapies psychanalytiques dans Les Psy, chaque histoire semble se reposer sur un article de dictionnaire ou un coupon de presse, qu'il cite au détour d'une case pour nous assurer de la véracité de son propos. Le jeune enfant que j'étais alors appréciait ces perles encyclopédiques, à une époque ou l'Internet n'existait pas encore, et très rapidement j'appris, par exemple, que les rageux sont atteints d'hydrophobie ou les ressorts du stade du miroir dans le développement cognitif humain.
Bien entendu, ces éléments ne sont jamais que des prétextes à une chute drolatique, en poussant au dernier point les logiques de ces éléments ; et si ces historiettes n'ont jamais su, me concernant, m'étouffer de rire, elles m'ont toujours été plaisantes malgré l'inévitable répétitivité des situations. Elles étaient appréciables lorsque je les lisais épisodiquement dans l'hebdomadaire, mais le parcours des albums de compilation était un peu plus lambin, même si je revenais toujours. Cependant, toutes les œuvres n'ont pas à prétendre au génie, et il est déjà exceptionnel de toujours satisfaire et de ne jamais se tromper.

La constance est sans doute ce qui caractérise alors le mieux cet auteur, tant et si bien qu'elle devint, dans son milieu, une sorte de blague d'initiés. Le journal ne se priva pas pour mettre en scène le scénariste, au gré de plusieurs sagas amusantes : tantôt le voilà devenir richissime et rédacteur en chef, modelant le journal à son image et perdant sa moustache dans une sorte de jeu concours au succès démesuré ; ailleurs, on attribuait son travail prolifique à un auteur fantôme dissimulé dans le canapé sur lequel il s'allonge pour trouver ses idées, et lui de démontrer qu'il ne doit son succès qu'à son talent propre.
Il me semble demeurer, néanmoins et malgré sa colossale carrière, une sorte d'inconnu, une petite main cachée dans l'ombre produisant, écrivant, continuant toujours malgré l'absence étrange de récompenses, nonobstant une distinction de légion d'honneur. La critique fustige son art populaire, comme s'il était de la honte à cela ; et lui-même d'aimer son travail, et de le poursuivre sans, il est vrai, chercher de lointains horizons. Sa disparition laissera cependant un vide glacé dans la bande dessinée franco-belge, sans doute cela sera-t-il à cette occasion qu'on le couvrira de lauriers : l'Histoire nous a montré à plus d'une reprise la marche de la reconnaissance. Je reste, cependant, admiratif et reconnaissant. Il y a bien des génies qui me plaisent davantage, de hauts artistes qui éprouvent mes réalités : mais il y a aussi Raoul Cauvin, que je vois comme ce professeur de dessin du collège qui aime son travail et le fait admirablement bien, et nous invite, toujours souriant, à poursuivre l'exploration d'un art auquel il a consacré sa vie sans orgueil ni méchanceté.

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Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
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