Spirou et Fantasio (1938 - en cours, auteurs divers)

Publié le par GouxMathieu

http://reidhall2008.files.wordpress.com/2008/07/spirou1.jpg  Plus que Tintin, plus qu'Astérix, s'il est un héros de la bande dessinée franco-belge que j'adule au-delà de tout, c'est bien Spirou. Je ne saurais faire ici l'historique de ce héros connu de tous et qui a célébré il y a peu son soixante-dixième anniversaire ; les choses sont connues de longues dates et aisément accessibles pour celui qui s'y intéresse. Je me contenterai ainsi d'en parler avec amour.

 

  Comme on le saura, ce héros connut plus que d'autres de multiples dessinateurs et scénaristes, chacuns avec leur style et leurs préoccupations : Morvan & Munuera dépeignaient un personnage résolument moderne, aux prises avec des problèmes de notre temps dans un monde où le mystère n'était pas totalement absent ; Tome & Janry tiraient volontiers le tout du côté de la "politique-fiction" avec, cependant, quelques bribes de science-fiction ci et là ; Fournier se concentrait sur des questions locales, que ce lieu soit situé en pleine Bretagne ou dans un obscur pays asiatique ; Franquin avait une passion pour la science et la technologie, et montrait régulièrement les inquiétudes que la télévision, ou les ondes radio, pouvaient soulever.

  Bref, ce n'est pas peu dire qu'il y a autant de Spirou qu'il y a eu d'auteurs ; et c'est cette pluralité qui, précisément, fait sa force.

  Tandis que l'on a pu reprocher à Tintin de se perdre dans une habitude agréable, ou à Astérix de prendre des chemins de traverse, Spirou dissimule depuis toujours un côté "expérimental" (que la récente collection Une aventure de Spirou et Fantasio par... ne fait que mettre ostensiblement en avant) des plus fascinants C'est là un "personnage porte-manteau", dont les codes d'apparence, et de comportement sont flous, sinon restreints ; il faut bien qu'il soit un peu courageux, un peu téméraire, un peu honnête et qu'il porte un peu de rouge, mais il peut s'aventurer seul ou avec son compagnon de toujours, Spip, et son ami de jamais, Fantasio ; peut voyager dans l'espace ou explorer les fonds marins ; visiter Champignac comme d'autres Moulinsart, ou vivre en plein cœur de Paris ou dans une pagode en Amérique du Sud ; affronter pour la énième fois un savant fou ou un parrain de la mafia, un androïde incontrôlable ou des contrebandiers africains ; enfin, il peut être loquace ou silencieux, amoureux ou asexué, tout cela et rien à la fois.

  Spirou est plus que jamais un reporter, mission que Tintin semble avoir oublié au fur et à mesure de ses albums : il est présent là où on a besoin de lui et agit à la façon d'un "baromètre" de l'actualité.

  Il ne faudrait cependant pas en faire une Jeannette Pointu, car il garde une certaine fantaisie (à moins que ce ne soit un fantasio ?) qui fait de ces albums des aventures, dans le sens premier du terme. C'est le chemin entrepris sans savoir où il nous mènera, les rencontres faites sans savoir si elles sont amicales ou ennemies. C'est le vent du large et le parfum du sirocco, la haute-mer et les profondes montagnes ; c'est la campagne retrouvée et la ville qu'il faut fuir.

  Spirou, c'est un voyage dans le temps et dans l'espace, une déconnection sensible du monde réel sans cesser pourtant d'en discuter. C'est le songe sublime qui se poursuit au-delà du réveil.

  Pour mieux dire, et si je pouvais paraphraser une célèbre phrase de Sacha Guitry au sujet des Idées Noires de Franquin, je dirais ceci : Quand, après avoir lu un album de Spirou, on se prend à son tour pour un aventurier, l'exploit que nous vivons est encore celui du groom.

 

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