Max Raabe (né en 1962)

Publié le par GouxMathieu

    Depuis bien longtemps, je suis grand admirateur des travaux de réécriture, de refonte, d'adaptation ; sans doute depuis ma traversée du Palimpsestes : la Littérature au second degré de Gérard Genette, j'ai appris qu'il était possible d'être original même si le fond ne l'était point. Et c'est alors qu'apparaît Max Raabe.

 

 

   J'ai appris l'existence de ce mélomane allemand lors d'une soirée passée avec des amis communs, et tandis que nous parlions de musique et de reprises diverses et variées, tantôt réussies, tantôt moins, le nom de Max Raabe, né Matthias Otto, tomba dans la conversation. Je ne le connaissais pas : on me proposa d'écouter quelques unes de ses pièces, j'en tombai immédiatement amoureux.

   Alors que certains artistes reprennent d'anciennes ritournelles en les mettant, peut-on dire, "au goût du jour", y ajoutant un rythme plus enlevé, des instruments plus électroniques et ainsi de suite, ce compositeur teuton opère, quant à lui, à l'inverse de ce modèle et se propose de reprendre de récents morceaux et de les retravailler pour les faire croire sorties d'un vieux poste de radio des années 1920 ou 1930, comme composées au cours des années folles, au cours des années swing, au cours des années zazous.

   Il faut alors le voir, en costume trois pièces cintrés, l'œil absent, la bouche pincée, face à ces micros Shure de légende, accompagné par tout un orchestre de cuivres, de tubas, de clarinettes. Ces ritournelles pop, les All Around the World (ATC), les We Will Rock You, les Oops! I Did It Again prennent soudainement une toute autre dimension et une profondeur qui, sans cela, serait restée cachée : il faut parfois cela pour se rappeler qu'il n'y a pas de sous-culture, et que tout ce que nous produisons est une marque, plus ou moins subtile, plus ou moins grandiloquente, du génie humain dans son inénarrable complexité.

   Mais l'on aurait également tort de limiter le travail de Max Raabe à ces seuls amusements populaires : accompagné par son "Palast Orchestra", il faut le voir également reprendre le répertoire allemand de l'entre-deux guerres et on ne peut manquer de frémir en entendant sa voix de baryton taillée pour l'opéra.

   Encore peu cité en France, cet artiste gagne, je le gage, à être connu : peut-être même, allons savoir, relancera-t-il la mode du charleston et du hot jazz, qui avait un charme fou jadis et qui en a encore aujourd'hui, le croirait-on ?

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