Fever Ray (2009, Fever Ray)

Publié le par GouxMathieu

   Quand bien même aimerais-je l'électro, pour en avoir parlé occasionnellement ici, j'avoue que ce n'est pas le genre vers lequel je tends le plus : ce n'est pas ainsi que j'ai fait mon éducation. Pourtant, je suis toujours curieux d'en découvrir : et récemment, on porta à mon attention The Knife, et l'album solo de Karin Dreijer, auquel je reviens sans m'en rendre compte.

 

   Si la chose est encore obscure pour moi, les connaisseurs savent bien qu'il s'agit là d'un classique récent du genre : mais de la même façon que l'on est tout traversé de nouveautés en parcourant un pays jamais foulé et pourtant bien connu des gentilés, l'on peut faire l'expérience de l'inédit en tirant un fil par nombre tressé. Fever Ray, qui donne son nom à cet album, est une musicienne suédoise de haute renommée : les hasards me l'avaient rendu invisible, avant qu'une oreille attentionnée ne me fasse remarquer sa présence.

   J'ai depuis parcouru la discographie de The Knife, avec un grand plaisir ; mais cet exercice solo est sans doute l'un des plus délicieux que j'ai pu connaître. Il est toujours particulier de rencontrer un talent solipsiste quand on connaît surtout une association d'esprits, comme si la chose était inattendue, comme si on ne soupçonnait point que le tout était plus grand que la somme des parties ; et quand on voit, alors la grandeur d'une de ses dites parties, on est comme étonné de voir la chose telle qu'elle est.

   Mais revenons sur Fever Ray. Dansant, l'album l'est indubitablement : il est difficile de résister à son appel lorsqu'il se joue, en comité ou en solitaire. Il y a cette ondulation particulière, faite de pleins et de déliés, ce mouvement toujours allant de l'avant qui pousse et à la chanson, et à l'énergie ; mais elle sait également se faire imperceptible, comme la libration légère des étoiles ou l'édacité des vagues, qui attaque certes peu à peu, mais sans y paraître et sans le savoir, légèrement. L'harmonie travaille l'esprit et le corps, et nous emporte malgré nous.

   Sans surprise aucune, encore une fois pour les habitués, "Triangle Walks" est ma préférée : c'est celle que je trouve comme étant la mieux réussie et la plus touchée, la plus intelligente dans l'objectif, si quelconque objectif il y a, que l'on s'était fixé. "Concrete Walls" est cependant un second méritant, ne serait-ce que par la métaphore ou par l'image que je crois voir derrière cela, sans y paraître. Le reste est à l'avenant, mais on ne peut, comme partout, s'empêcher d'avoir ses préférées.

   L'indécision, peut-être, me plaît le plus ici. Il y a ce mi-chemin, entre quelque chose qui me semble apparaître comme une production indépendante, voire confidentielle, et le grand nom qui lui est associé ; entre le mystère que j'associe qui à la pochette, qui à cette musique de moi peu connue, et cette familiarité tranquille, presque intime, qui se dégage pourtant de l'ensemble ; entre l'ombre et la lumière, le blanc et la couleur, comme un rayon de soleil se divise multiplement par le prisme taillé.

   Il est des choses, sans doute, qui nous apparaissent ainsi dans nos existences, en musique, je le ressens notablement. Ce moment entre chien et loup, entre le jour finissant et la nuit débutant, le moment où une question est posée, et où la réponse tarde à venir. Alors, on entend une musique, qui rassure les doutes et interroge les certitudes : et quand l'album se termine, quand enfin le silence se fait, c'est comme si tout devenait plus clair, et comme si tout était plus obscur que jamais ; et la vérité existe, comme nous l'avons toujours su.   

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