XKCD (2005 - en cours, Randall Munroe)

Publié le par GouxMathieu

   Internet est formidable. Autre banalité : le monde des webcomics est formidable. J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer ici certains d'entre eux, français comme américains. C'est, sans doute, au plus intelligent de tous que je vais ici m'attaquer : XKCD, "A webcomic of romance, sarcasm, math, and language". Que peut-on reprocher à ce programme ?

 

 

   Randall Munroe, à l'instar de Zach Wiener du Saturday Morning Breakfast Cereal, a un parcours personnel et intellectuel des plus intéressants. Docteur en physique appliquée, il travailla longtemps pour la NASA avant que son projet de dessinateur ne l'oblige à changer de carrière, pour le mieux d'ailleurs. Évidemment passionné de sciences mais aussi de littérature, de mysticisme et de tout ce que l'esprit humain a pu produire depuis sa création, il étonne depuis plus de dix ans l'univers de la bande dessinée par ses parti-pris d'un rare culot.

   D'abord, le style : existe-t-il réellement ? Pas réellement de dessins ici, les personnages ne seront jamais que des stickmen ("bonhommes bâtons"), parfois agrémentés d'une coiffure, d'un chapeau, d'un accessoire, mais rien de plus. C'est alors, comme souvent, les dialogues qui attirent, étonnent, plaisent mais aussi les situations, qui puisent non pas, comme dans SMBC, dans les tréfonds de la logique philosophique ou la pop-culture moderne (bien que...), mais plutôt dans ce que la science, et ses avancées, a pu nous apprendre sur notre monde. Quelque part, on pourrait très bien faire de XKCD une version, plus précise et exacte cependant, de ces anciens dessins animés Il était une fois... (la vie, l'Homme, l'espace, etc.), qui nous apprend, en nous étonnant, en nous amusant et en donnant ses sources, les miracles de notre réalité.

   Au hasard, ce sont alors des équations mathématiques complexes qui, appliquées aux situations les plus triviales, montrent que les chiffres ne sont pas toujours éloignés de nos problèmes concrets ; comment la suite de Fibonacci explique cet impérieux besoin de contact des relations amoureuses naissantes ; un graphique qui met en perspective, par l'échelle, l'argent de votre porte-monnaie et l'immensité de l'économie mondiale.

   Autant SMBC pouvait parfois être obscur dans ses références, autant XKCD, sans une solide, très solide culture scientifique, sera souvent inaccessible. Il faudra alors chercher, c'est nécessaire !, les références, les équations, les noms exotiques et exogènes qui traversent les planches et y revenir, plus cultivé et plus intelligent, rire une deuxième fois... et se perdre à nouveau car le jeu de mots était à tiroir, et demandait davantage qu'un parcours paresseux d'une quelconque page encyclopédique pour se saisir parfaitement.

   Et pourtant, pourtant ! XKCD réussit là où nombre échoue, par morale, mandarinade ou jargonnerie : il éduque sans en avoir l'air. Au contact de ces petits bonshommes, j'ai appris l'existence de "L'argument de l'apocalypse" ; que les dinosaures avaient bien jadis des plumes ; que la "Discovery Channel" est en fait assez sympathique, quand on y regarde...

   Impossible, sinon, d'évoquer XKCD sans évoquer le projet What If?, qui donne des réponses scientifiquement exactes à des questions hypothétiques absurdes. Que se passerait-il si toute l'eau du globe disparaît brutalement ? Si l'on visait la lune avec un immense laser ? Si la Terre devenait plus grande chaque seconde ? Encore une fois, il faut absolument lire les notes, nombreuses, les références, s'amuser de celles-ci... et le cas échéant, envoyer nos propres questions. 

 

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