Monsieur-le-chien (2005 - en cours)

Publié le par GouxMathieu

   J'avais déjà parlé, jadis, d'un blog BD de la sphère francophone ; je remets ici le couvert en évoquant un autre de mes grands amours, les "réflexions vaines et [les] assertions sans fondement d'un contribuable moyen", autrement appelé Monsieur-le-Chien, "Le Chien" pour les intimes.

 

 

   J'ai dû apprendre l'existence de son travail dans le courant des années 2008-2009, je pense, par l'intermédiaire d'un forum qui pointait vers l'un de ses dessins : on y voyait deux gentilhommes habillés à la mode de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, devisant gravement. Le premier disait : "Voyez-vous, le romantisme est mort... Eh oui mon cher : viendra un moment où tout un chacun saura que les femmes font caca." Et le deuxième de reprendre, ébahi : "Les... les femmes font caca ?"

   Il n'en fallait pas plus pour que je tombe irrémédiablement amoureux.

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   Les aventures du Chien suivent plusieurs chemins, mais de grandes lignes de force peuvent se dessiner : il y a tout d'abord les tribulations du personnage éponyme, avatar du dessinateur lui-même, fonctionnaire pleutre, veule, parfaitement obsédé mais incroyablement moche et grossier ; on le voit alors tenter, vainement, de faire l'amour à sa femme, de mettre des chaussettes à sa dernière née ou d'écouter les histoires de fesses de son ami Schroubb, l'escalope milanaise mutante présentée comme le meilleur amant du monde.

    Parfois, au détour d'une planche qui se veut confession, abordant tant des sujets intimes que plus politiques, le personnage du Chien se rapproche du dessinateur lui-même, et on peut alors lire ses préoccupations concernant le métier d'auteur de bandes dessinées, ses séances de dédicaces, son regard sur les événements de la vie publique ou médiatique.

   Enfin, d'autres planches, plus ou moins "hors séries", nous parlent de la vie de la jungle, de la difficulté de draguer au Moyen-Âge ou de la face cachée de Jésus.

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   Malgré cet éparpillement générique, il est aisé de lire un regroupement thématique. De tous les blogs BD que j'ai pu lire, je retiendrai de celui-ci quelques éléments distinctifs : tout d'abord, le soin du verbe haut et de la tournure agréable. Sans que je ne sache précisément si cela est conscient ou non, on y voit là et dans toute sa splendeur un certain "style coupé" qui me fait davantage penser à Michon ou à Quignard qu'à Houellebecq : l'auteur à ses lectures et aime la ligne, et cela se sent.

   Ensuite, un humour particulièrement touché qui me fait penser, par endroit, à celui rencontré dans Saturday Morning Breakfast Cereal, c'est-à-dire jouant énormément sur le décalage entre l'image et le texte : la bulle, ou la narration, n'accompagne pas systématiquement l'action, elle la commente, l'interprète, l'influence. Le dessin déjà très expressif de Monsieur-Le-Chien y gagne alors une dimension supplémentaire et l'on s'amuse régulièrement à deux reprises, la première fois en découvrant l'histoire, la seconde fois en mettant tous les éléments en relation. Il y a ici un art de la composition qui étonne et qui surprend même, compte tenu que le "gaufrier" des planches est souvent des plus classiques.

    Enfin et ce sans doute pourquoi ce blog est assez connu, l'auteur n'hésite pas à y exposer ses pensées "poujadistes", comme il les désigne lui-même et fait montre d'une "contre-culture" que d'aucuns présenteraient comme étant "de droite" ou s'attaquant à la "bien-penseance" et à tous ces joyeux termes inventés depuis une décennie ou si peu, sans que l'on ne sache exactement à quoi ils renvoient.

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   Chacun pensera ce qu'il en voudra : seuls les fascistes, comme le disait Chomsky, ne savent pas faire la différence entre les idées et le droit absolu de les exprimer. Si, du reste, il est toujours délicat et pour le moins hâtif de préjuger de la pensée politique de quiconque par l'intermédiaire de quelques historiettes disséminées ci et là, remarquons que l'auteur prend toujours bien soin d'argumenter, de commenter, de présenter son point de vue certes sur un ton ironique et sarcastisque comme le demande son média, mais de façon suffisamment complète pour comprendre et débuter alors un débat sur de bonnes bases.

    Que l'on soit d'accord, ou non, avec les conclusions auxquelles il peut arriver, il faut cependant reconnaître ici un esprit critique particulièrement aiguisé qui cherche constamment à remettre en question ce que l'on nous présente comme étant "bien" ou "mal", de se souvenir de l'histoire dont l'auteur est amateur, de toujours questionner les voix entendues, fussent-elles officielles ou personnelles.

   En un mot comme en cent, parcourir ce blog, c'est aussi et de façon subreptice, recevoir une forme d'éducation politique et, comme toutes les éducations reçues, il convient non seulement d'entendre le professeur mais surtout de se renseigner de soi-même : personne ne saurait avoir la lumière absolue sur un sujet en particulier.

   Je terminerai ce billet en évoquant les autres projets de l'auteur, dont la série des Didier Barcco, sorte de "consultant" qui aurait ingéré Chuck Norris, Adam Smith et Jean-Paul Belmondo et que l'on envoie aider de pauvres industriels en détresse - il n'est pas interdit de penser ici à Superdupont, par ailleurs - et d'autres petites planches et scénarios diffusés dans les magazines, par exemple Fluide Glacial.

   Cependant, et peut-être à cause, précisément, de cet éparpillement de surface et de cet aspect diaristique, je ne cesse de revenir vers le blog lui-même (certaines de ses planches ont par ailleurs été édités en albums depuis) que je relis régulièrement.

   Un peu de bites et d'humour pouêt-pouêt, parfois, ça fait du bien au moral.

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