Chaos and Creation in the Backyard (2005, Paul McCartney)

Publié le par GouxMathieu

   En ces périodes anniversaires du Sgt. Pepper, reparlons un peu des Beatles ou, plutôt, parlons un peu des membres individuels des Beatles. Car si la formation fut d'une importance décisive pour l'histoire de son art, ses quatre participants jouirent chacun d'une carrière de soliste remarquable.

 

   J'en parlerai un jour : mais les carrières des disparus, John Lennon et George Harrison, ont sans doute aucun mieux défini la "pop musique" que des décennies de mercatique ; quant aux vivants, je reviendrai longuement sur Ringo Starr dont l'album Ringo, par son humour et sa distance parodique, aux côtés de ses instrumentalisations sensibles, compte parmi les meilleurs non seulement de son genre, mais également de tous les temps et ce malgré sa relative confidentialité contemporaine.

   Reste alors Paul McCartney, étrangement et bizarrement celui que, des Beatles, j'aime le moins. Loin de moi l'idée de renier son talent ou son ingénierie, sa maîtrise : mais aux côtés de l'expérimental Lennon, et j'aime l'expérience ; aux côtés du psychédélique Harrison, et j'aime le psychédélisme ; aux côtés du talentueux Ringo Starr, et j'aime le talent ; McCartney était peut-être le plus "normal" et, partant, je ne regardais guère sa carrière solitaire, que ce soit par l'intermédiaire de son groupe Wings ou dans ses nombreux autres projets. Je connaissais évidemment ses pistes les mieux connues, les "Live and Let Die" et les "Ebony and Ivory" mais je trouvais cela trop commercial, trop populaire, trop similaire à ses contemporains : Paul McCartney cessait d'être l'artiste pour devenir un artiste. Je m'éloignais.

   Et puis, par hasard ou désœuvrement, je tombai sur Chaos and Creation... et je l'écoutais d'une belle traite. Je compris ma méprise : ce n'était pas McCartney qui était convenu, c'était mon écoute qui ne parvenait pas à le replacer dans l'économie de son existence. C'est parce que je connaissais les autres que je parvenais plus à comprendre que McCartney parfois fut le premier ; et injustement je le croyais thuriféraire alors qu'il était précurseur. Il en est de cet album, délicieusement anachronique lors de sa sortie mais annonçant également la mode du "baroque pop" et du "chamber pop" que nombre d'artistes indépendants reprendront ultérieurement à leur compte.

   Chaos and Creation a d'ailleurs quelque chose d'indépendant dans sa constitution : McCartney travailla quasiment seul, se chargeant de tous les instruments, chantant et écrivant, éditant et mesurant patiemment chacune de ses pistes. L'on peut parler "d'homme orchestre", le voilà : et d'avoir appris l'étendue de son talent, étrangement ou non, cela m'a permis de réapprécier ses travaux précédents, y compris sa contribution magistrale dans les Beatles.

   Des pistes constituant cet album, qui n'est pas toujours le plus cité dans la discographie de son auteur, "Fine Line" est la mieux donnée car ce fut celle-là l'ambassadrice du projet ; ce n'est pourtant pas ma préférée. Je lui préfère plus volontiers "This Never Happened Before", balade romantique qui sonne étrangement comme une piste oubliée des Beatles, mais surtout "English Tea". 

   Je ne sais pas ce qui m'attire aussi fortement. Elle me renvoie à "When I'm 64", pendant longtemps la chanson que j'appréciais le moins dans le Sgt. Pepper mais que j'ai appris à redécouvrir les années passant, en grandissant et en développant moi-même les sentiments qu'on y chante. Comme souvent, et comme on le comprend tous, je trouvais la chanson mièvre ; à présent que je le suis moi-même, je l'apprécie mieux. Il en va sans doute d'"English Tea", que j'aurais vraisemblablement mise de côté sans y penser une seconde il y a de cela quelques années mais qu'à présent je lis souvent, me régalant de sa tranquille tendresse et son insouciance apaisée.

   Il s'agit là, ce me semble, d'un album intéressant. Je ne le vois pas comme un chef d'œuvre, ni comme une merveille ; mais il a su réveiller en moi des sentiments sincères qui m'ont renvoyé à mes premières découvertes de la pop et du rock, où chaque note me transportait, où chaque parole construisait une nouvelle poésie. Comme quoi, Calvin et Hobbes avait raison, comme si j'en avais un jour douté : il y a bien des trésors partout.

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