Calvin & Hobbes (1985 - 1995, Bill Watterson)

Publié le par GouxMathieu

   Il est des classiques dont on apprend l'existence par le plus complet des hasards. Parfois, l'on ne peut se souvenir où et quand nous avons exactement entendu parler de ceci ou cela : mais me concernant et concernant cette bande dessinée, je me souviens précisément de l'instant où l'on m'a parlé, la première fois, de Calvin & Hobbes.

 

   Il y avait à l'époque, sur la chaîne "Canal +", une émission de variétés présentée par Alain Chabat et qui s'appelait le "Burger Quiz". Deux équipes composées surtout de personnalités venues faire leur promotion s'affrontaient pour faire gagner à d'illustres inconnus quelques prix. Les épreuves, loufoques, tournaient autour de jeux de mots et de calembours mais, également, de questions de culture générale. Dans l'une des épreuves précisément, les équipes étaient invitées à sélectionner parmi trois thèmes particuliers, l'un d'entre eux étant systématiquement et volontairement abscons pour être sûr que personne ne le prenne. Cela pouvait parler de physique quantique, de finance internationale, de la topographie polonaise. Les questions étaient pourtant rédigées, au cas où un petit malin - il y en avait parfois - voulaient les tester. Un jour, ce troisième thème absurde était "La BD Calvin & Hobbes". Le candidat l'avait sélectionné et avait su répondre à toutes ces questions.

   Le lendemain ou le surlendemain, je me rendais chez mon libraire favori pour en apprendre plus sur cette bande dessinée que je ne connaissais pas : quelques dix ou quinze ans plus tard, j'en suis un fan inconditionnel.

   Le "Burger Quiz" avait vu juste : Calvin & Hobbes n'est pas des plus connus en France. La faute à quoi, la faute à je ne sais quoi : son pays d'origine, les États-Unis peut-être, alors qu'il ne s'agit pas d'un comics mettant en scène des super-héros comme on peut s'y attendre ; son format, en strip comme les Peanuts ou Mafalda qui sont quant à eux bien plus connus, le premier pour son grand succès, le second, sans doute, parce que tous les collégiens ayant eu à apprendre l'espagnol ont déchiffré ses cases ; le refus de son auteur de s'adonner à toute forme de merchandising tels les peluches ou les t-shirts là où les autres n'y renâclent point.

   Cela est d'autant plus étrange que Calvin & Hobbes n'est pas des plus difficiles à trouver : il y a en français une vingtaine d'albums aisément trouvables et pas trop mal touchés, même si on leur reprochera une traduction parfois approximative qui ne rend en aucun cas justice aux dialogues originaux ; mais on ne peut pas vraiment dire qu'ici je fasse dans l'introuvable, tout au plus dans le caché.

   Donc, Calvin & Hobbes. La bande dessinée nous propose de suivre les aventures de Calvin, un petit garçon de six ans, vindicatif et sur-excité qui ne pense qu'à jouer en plein air, descendre des collines à toutes berzingues dans son chariot rouge ou embêter les filles. Il n'est pas seul, cependant, dans ces combines : il est accompagné par Hobbes, un tigre en peluche plutôt sophistiqué qui prend magiquement vie lorsqu'il n'y a que son compagnon dans les parages. Magie ou imagination, nous sommes invités par l'auteur à s'en moquer : cela n'a aucune espèce d'importance.

  Parfois, il suffit de comprendre que les choses sont pour les accepter telles qu'elles sont.

   Donc, les deux comparses vont dès lors percuter plusieurs figures autour d'eux, tels les parents de Calvin qui ne seront jamais nommés autrement que "Papa" et "Maman", la babysitteuse Rosalyn qui souffrira autant qu'elle fait souffrir le petit monstre, mais également Susie Derkins, l'une des voisines de Calvin avec laquelle il entretient une relation d'amour/haine comme seuls les enfants savent le faire ou Miss Wormwood, son institutrice qui n'est pas très loin de la retraite, fort heureusement.

   L'essentiel des aventures, cependant, se déroulera dans le petit monde imaginaire de Calvin qui s'invente de nombreux alter-egos : Spiff le Spationaute qui repousse les limites du possible, Balle Traçante, détective privé mêlé à de sombres affaires ou encore Hyperman, super-héros sans peur et sans reproche qui ne recule devant rien pour annuler une journée d'école. De nombreux gags proviennent alors du choc qui peut exister entre cet imaginaire débordant et la dure réalité qui ne cesse d'être là.

   Mais il y a plus encore ici. J'aime Mafalda pour son engagement politique qui n'est plus à démontrer, et j'en parlerai un jour sans doute. Mais Calvin & Hobbes, même s'il se pique parfois d'un message écologiste ou antimilitariste, ne s'enfonce guère dans la réflexion sociétale : à l'image des philosophes qui donnent leurs noms à ces personnages, c'est vers la Beauté et la Morale que les personnages s'acheminent tout doucement.

   Que ce soit Calvin, plus intransigeant que jamais et qui, tel un Juste de Dante, ne fait jamais aucun compromis devant le Bien et le Mal ou Hobbes, bien plus désabusé, qui insuffle alors un relativisme de bon aloi, le maître mot, du moins me concernant, est ici et il est par ailleurs le titre d'un des albums : "Il y a des trésors partout !"

   Et effectivement. les histoires de Calvin que je retiens davantage ne sont pas nécessairement celles les plus drôles, qui font intervenir le club DÉFI (Dehors Énormes Filles Informes) ou Rosalyn, les destructions de bien, mais plutôt ces paysages d'automne, ces discussions sur la grandeur de l'été ou la blanche neige. Le plus beau, pour moi, serait encore celui où les compères découvrent sur la route un oiseau mort. En ne disant que peu de mots, en ne faisant aucune blague, ils évoquent pesamment la fragilité de l'existence et s'adossent à un arbre pour regarder les libellules.

   J'ai dû pleurer autant devant cette planche que devant Cinna ou Bérénice.

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   Calvin & Hobbes ne fait pas partie, dans mon panthéon, de ces histoires que je lis pour m'amuser, comme devant Astérix ou Iznogoud ou pour m'émerveiller comme avec Spirou ou Tintin. Ce sont plutôt des planches que je compulse lorsque dans mon cœur il y a un vide certain, lorsque le plaisir me fuit. Il me suffit alors de voir le visage goguenard de Calvin, les moustaches de Hobbes pour que je me prenne soudain l'envie de jouer au Calvin-Ball et que l'horizon me semble moins loin. Je me souviens alors de ce que Calvin disait à son ami après une journée de farces.

   "Trouver quelqu'un à qui parler est rare. Trouvez quelqu'un que tu apprécies et qui t'apprécie en retour, c'est exceptionnel. Mais si tu parviens à trouver quelqu'un avec qui tu peux t'asseoir contre un arbre un soir d'automne et manger des pommes en silence, tu peux te considérer le plus heureux des Hommes."

   Il y a des jours, comme ça.

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Sév 12/04/2016 15:11

Hello ! Je suis la fameuse candidate ! Je suis très heureuse que tu aies découvert Calvin et Hobbes grâce au Burger Quiz ! Moi, c'est mon grand frère qui me les avaient fait découvrir. J'ai beaucoup ri, et pleuré aussi, en lisant ces petits strips du très discret Bill Watterson. J'ai eu plaisir à lire ton post. En espérant que Watterson retrouve un jour l'inspiration... Amicalement, Séverine

GouxMathieu 12/04/2016 20:14

Eh bien, quelle coïncidence ! Si je m'attendais à avoir un message de celle que j'ai vu à la télévision il y a des années de cela, quand j'étais enfant :) Je suis content que mon billet vous ait fait plaisir. Je vous souhaite une bonne continuation, et j'espère moi aussi qu'un jour Watterson sorte de sa (trop) longue retraite ! Amitiés, Mathieu