Les Aventures de Tintin (1929 - 1986, Hergé)

Publié le par GouxMathieu

  Difficile, quand il s'agit d'évoquer la bande dessinée franco-belge, de ne pas citer avant et surtout le fameux reporter de Georges Rémi. Un succès mérité et qui, du reste, n'a jamais faibli ; un univers qui a émerveillé petits et grands des années durant, des personnages hauts en couleur, des répliques qui continuent à faire mouche : tout a déjà été dit sur Tintin. Tout, aussi je suis en terrain connu : et ainsi vais-je vous raconter mon histoire d'amour avec ce monument, amour tardif il faut l'avouer...

 

  Comme je l'avais raconté il y a quelques temps, mon enfance a surtout été traversée par les aventures de Spirou. Et tout comme il y a eu des clans au fur et à mesure de l'histoire du divertissement populaire, j'étais davantage un franquinomaniaque qu'un tintinophile. Je ne saurai pas expliquer véritablement pourquoi : les hasards de l'existence, tout simplement. Je ne pense pas qu'alors, je pouvais argumenter et considérer Spirou comme étant plus proche de notre monde, possédant plus de profondeur, etc., etc. Aussi, si j'ai aimé Spirou, c'est parce que c'était - et est toujours - une œuvre de grande qualité. Et si je n'ai pas lu Tintin étant petit, c'est parce que je n'avais pas trop l'occasion de le lire.

  Aussi, je n'ai fait mes "humanités" qu'assez tard, au lycée. Mais je me devais de le faire : on ne peut prétendre s'intéresser à un média quelconque sans en connaître ses grands classiques, sans en connaître ses génies et ses précurseurs. J'avais jadis essayé de faire comprendre cela à un "apprenti poète" en herbe qui se disait vouloir faire des vers révolutionnaires, alors qu'il n'avait jamais lu un sonnet de sa vie... mais passons, les querelles sont vieilles.

  J'ai pioché dans les Tintin comme l'on pioche, précisément, dans un recueil de poésie : une histoire par ci, une histoire par là, sans regarder l'année ou la réputation de telle ou telle aventure. Et du Congo jusqu'au San Théodoros, je me suis au fur et à mesure plongé dans l'alcoolisme du Capitaine Haddock, l'imbécillité des Dupondt ou la surdité inquiétante de Tryphon Tournesol. L'on m'avait vendu Tintin comme une bande dessinée d'un autre âge, édulcoré, racisme même par moment bref, possédant une saveur très "vieille France" malgré ses origines belges. J'y ai découvert du talent.

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  Tout a déjà été dit sur Tintin. Son a-sexualité, son côté "boy-scout" notamment qui a pu en énerver plus d'un. Il y a eu des thèses de doctorat écrites sur Tintin. Des bouquins très sérieux, écrits par des bonhommes encore plus sérieux. Aujourd'hui, il me semble que l'on aime Tintin parce qu'il faut le faire, tout comme personne ne semble remettre en question le cinéma de Stanley Kubrick, les romans de Victor Hugo ou la discographie des Beatles. Et si l'un ou l'autre s'amuse, oh, blasphème, anathème et avanie, à y porter la moindre critique (justifiée, précisons-le), il est sur le champ de la honte lapidé. Que l'on se rassure : mon propos n'est pas ici de critiquer de façon négative la fameuse bande dessinée, tout d'abord parce que cela serait en-dehors du domaine de ce journal, et ensuite parce que je n'ai pas réellement de griefs à son encontre.

  Une aventure de Tintin, contrairement à une aventure de Spirou, possède un souffle et, dirais-je, une énergie et une façon de considérer la bande dessinée très particulière. Pourtant, l'on pourrait très facilement créer des parallèles entre les deux séries : le héros sans peur et sans reproche, le savant un peu fou, le comparse qui possède un vice (l'alcool ou le tabac)... Mais d'un côté, la "petite grande aventure" : souvent, une lettre ou un article de journal enclenche tout un processus. De l'autre, la "grande petite aventure" : le déplacement, la rencontre inopinée crée le mécanisme initiatique. Tintin cherche l'aventure ; Spirou la subit. 

  Autrement dit, Tintin est un être exceptionnel vivant des aventures exceptionnelles, Spirou est un être ordinaire qui vit des aventures extraordinaires. J'aime cette différence.

  Je l'aime d'autant plus qu'elle rend caduque toute tentative "sérieuse" d'analyse de l'œuvre de Hergé, du moins d'un point de vue psychologique (la réflexion historique, en revanche, est toujours d'actualité. Et du reste, il faudra bien se rendre compte un jour que la psychologie est la plus grande fumisterie du XXème siècle, mais je m'éloigne à nouveau). Ce sont des aventures. Ce sont des cités oubliées, des trésors enfouis, des voyages sur la lune quinze années avant la mission américaine. Tintin, c'est un fantasme de petit garçon : c'est l'envie que tous les gamins ont eu de tout plaquer et de partir faire un reportage sur un archéologue revenue d'Amérique du Sud, où d'aider nos amis policiers à enquêter sur un meurtre mystérieux s'étant déroulé, la veille, dans le port mal-fâmé de la ville.

  C'est sans doute là qu'il faut chercher l'amour que les gens portent à Tintin, et l'intérêt que je lui porte. Je ne cherche pas à me "cultiver" quand je lis un album de Tintin. Je ne cherche pas à me détendre, c'est même tout l'opposé : j'y cherche l'épique, j'y cherche la grandeur, j'y cherche l'exaltation. Et j'ai beau connaître les histoires par cœur, je ne peux manquer de "vivre" ces aventures, de frissonner pour Tintin et ses amis, de me demander encore ce qui va se produire par la suite.

  Il y a des œuvres géniales dont on finit par se lasser, et il y a celles qui atteignent l'immortalité.

  Et j'ai beau préférer Spirou à Tintin, il n'y a qu'à ce dernier je concède cette qualité.

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