Frouss' Land (1997-1999, Pinchot, Colin & Migou)

Publié le par GouxMathieu

   Malgré mon appétence pour le jeu de rôle, ne serait-ce que du point de vue vidéoludique comme j'ai eu à le dire l'une ou l'autre fois ici, les "livres dont vous êtes le héros" m'ont toujours laissé plus ou moins froids. Trop complexes à mon goût, se concentrant surtout sur les combats et les confrontations - du moins, dans ceux auxquels j'ai pu m'essayer -, ils me lassaient rapidement. Pourtant, mon adolescence fut traversée d'un joyeux souvenir : la collection Frouss' Land.

 

 

   Il n'aura fallu qu'un retour au pays natal, plus précisément chez ma mère et dans les cartons de livres qu'elles descendit du grenier, pour que ce souvenir me revienne, plus vif que jamais. J'avais alors tout oublié de cette série d'ouvrages, que je parcourus quand j'avais alors 13 ou 14 ans ; mais à peine revis-je leur couverture, à peine lisais-je leurs premiers mots que je retombais en adolescence.

   Il y avait là deux séries : Week-end d'enfer d'un côté, se déroulant dans un cadre contemporain, et Timothy MacLean de l'autre, en pleine période victorienne. Je préférais de loin la première ; en y revenant ces derniers mois, je confirme ce goût ; aussi parlerai-je beaucoup de celle-ci, et moins de l'autre.

   Il s'agissait, quelle que soit la série, de mener une enquête policière, tournant généralement autour d'événements surnaturels, en opérant occasionnellement des choix signifiants. Allait-on interroger d'abord ce témoin-ci ou bien cette personne-là, allons-nous, dans ces catacombes, prendre le couloir de gauche ou bien celui de droite ? On récoltait ainsi des indices, on ramassait des objets divers qui, plus tard, nous seraient sans doute utile ; on essayait, enfin, de rester vivant, et d'échapper aux périls les plus vifs qui ne manqueraient pas de nous arrêter dans notre quête de la vérité.

   Indépendamment, cependant, de ce fil directeur, tout séparait les deux sagas. Leur époque et leur décor, tout d'abord : à la ville vaguement parisienne de la fin du vingtième siècle s'oppose le Londres enfumé du dix-neuvième ; leurs héros et héroïnes ensuite, un adolescente et une adolescente d'un côté, un détective adulte et un compagnon enfant de l'autre ; leur propos enfin. Week-end d'enfer, généralement, débute comme une affaire des plus terre-à-terre, finit en apothéose fantastique ; Timothy MacLean, au rebours, s'annonce comme une histoire merveilleuse et s'achève par le pragmatisme le plus rassurant.

   C'est curieux néanmoins : si mon inclination naturelle préfère volontiers cette dernière solution, qui n'est pas sans faire rappeler les grandes heures de certains dessins animés bien connus par ailleurs, le style, l'écriture, le propos général même et, surtout, son traitement, me semblent bien plus réussis dans la première série. Déjà, j'appréciais que l'on puisse choisir, entre Éric et Mimi, qui mènera l'enquête : cela ne changeait finalement que peu de choses, tout au plus l'un explorait un hangar, la seconde un immeuble, chacun.e combattait vaillamment l'ennemi, mais la liberté offerte était bienvenue ; ensuite, je trouvais les choix plus intéressants, et leurs conséquences bien plus notables.

   Dans Timothy effectivement, je m'en rendis compte davantage en le relisant mais cela m'avait déjà traversé jadis, on ne fait finalement que lire un roman d'enquêtes pour adolescents dans le désordre ; il est pour ainsi dire impossible d'échouer dans notre aventure, l'on finira toujours par connaître le fin mot de l'histoire. Dans Week-end d'enfer en revanche, en revanche ! comme on aime à faire mourir ces adolescent.e.s, à les dissoudre dans l'acide, à les blesser sauvagement, à les torturer voire. Ce n'est rien de gore, rien de bien violent sans doute ; mais cela faisait son effet à l'époque, et aujourd'hui encore, je trouve cela charmant dans son dérangeant, presque émouvant, dirais-je, comme si les auteurs et les autrices avaient rivalisé d'efforts pour ne pas trop apeurer, pour terrifier tranquillement, pour traumatiser l'espace d'une nuit seulement.

   Les éditions vont, les éditions viennent : je trouve encore ces livres en version numérique en ligne, je garde farouchement les volumes que ma mère m'avait jadis offerts et qui trônent à présent dans une bibliothèque. Il m'arrive de les refaire, de les reprendre puis de les oublier un temps, d'y revenir plus tard encore : ils ont ce goût d'immortalité enfantine que tout un chacun connaît vraisemblablement.

   Ces livres, disons-le, n'ont guère eu d'incidence sur ma psyché : ils flattèrent un nerf qui connectait déjà des muscles sensibles, et ils ne proposaient rien de suffisamment neuf pour créer une envie inédite. Ils font partie de mon passé, je les regarde comme des sortes de joujoux : je les manipule avec tendresse, et je les retiens. Cela méritait bien, alors, un petit billet sur ce journal.

 

Commenter cet article