Mickey's Craziest Adventures (2016, Trondheim & Keramidas)

Publié le par GouxMathieu

   Quand j'étais petit, et même si j'étais fan inconditionnel de l'hebdomadaire Spirou, les journaux Disney faisaient incontestablement partie de mon horizon. Mickey's Craziest Adventures m'a proposé une relecture fascinante de cet univers, et de ce que j'y trouvais.

 

 

   Aujourd'hui encore, on peut trouver dans les kiosques Mickey Parade, Picsou Magazine, Super Picsou Géant. Je les achetais toujours quand j'étais petit, et je découvrais des auteurs et des histoires d'une qualité irrégulière, mais qui me plaisaient toujours. C'est là que je découvris Carl Barks, c'est là que je découvris Don Rosa ; les histoires de canards me plaisaient le plus. Mickey et sa clique étaient peut-être en retrait, je les trouvais plus sages, plus classiques : Mickey's Craziest Adventures semble répondre à ces critiques.

   Cette réinterprétation parfaitement maligne de la plus célèbre des souris ne pouvait que me plaire. Elle se présente comme la redécouverte d'une histoire perdue, d'un manuscrit volé comme la littérature aime souvent à le faire, et l'album se pique de jouer avec cette idée, avec des pages déchirées ou perdues, qui astucieusement dissimulent des moments plus lambins de cette intrigue farfelue.

   Évidemment, le confort des années et la légende de ces publications historiques font de cette aventure une sorte de condensé des meilleurs moments du passé, et jette sous nos yeux les figures les plus notables de cet univers, les Rapetou, Pat Hibulaire, Géo Trouvetou, d'autres seconds couteaux réguliers que l'amateur, ou l'amatrice, reconnaîtra sans mal. La chose est cependant faite avec énergie, tendresse et intelligence, et jamais sent-on le trait forcé, la référence pesante, le clin d'œil appuyé. On peut rentrer là-dedans sans rien connaître de ces bandes dessinées, et y trouver des perles de composition.

   La contrainte de la page, puisque c'est ainsi que, jadis, on les achetait dans les magasins, est aussi l'occasion de trouvailles narratives de premier ordre, mais on sait que Trondheim a fait ses classes avec cette idée. Chaque planche se termine ainsi d'une façon forte, sur une révélation ou un gag, et la mise en scène flatte agréablement ce rythme syncopé, sans qu'il n'en devienne pourtant heurté. Bien entendu, le scénariste n'a plus rien à prouver ici, et je suis loin d'avoir (encore) tout lu de lui, mais de ce que je puis connaître, c'est encore son travail que je préfère.

   Le style de dessin ne doit pas être oublié : imitant parfaitement l'ancienne façon qui a fait le succès de ces publications, il est dynamique, intelligent, rempli de truculents détails qui font de chaque planche un plaisir à lire, à parcourir, sur lesquelles on peut revenir constamment et s'émerveiller encore. Malgré l'énergie de l'histoire, sa constante fuite vers l'avant, on peut aborder cet album comme un recueil de micro-chapitres délurés, et on peut très bien imaginer les enfants de l'époque s'y arrêter semaine après semaine et en discuter dans les cours de recréation, en se révélant les détails cachés de la moindre case.

   Le principe a depuis été reproduit, notamment avec Donald mais, étrangement, je l'aime moins que cet album : peut-être que je connaissais déjà l'idée, et que la répétition m'avait pesé. Il me faudra y revenir avec un œil plus vierge, pour en faire un meilleur bilan. Mais cette histoire a su me plaire et me rappeler ces moments puérils, avec un plaisir inattendu.

 

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