La Chèvre (1981, Francis Veber)
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J'ai déjà parlé à quelques reprises de Pierre Richard et de son jeu lunaire, et de l'influence qu'il a eu sur mon enfance. J'y reviens encore avec La Chêvre, qui a un dépaysement fou et qui reste encore avec moi, bien des années plus tard.
Comme pour Les Malheurs d'Alfred, La Chèvre reprend ce personnage de malchanceux que l'acteur aime tant à interpréter, aux côtés des maladroits et des distraits. Il y a une poésie particulière ici, de voir cet individu semble-t-il commun sur lequel le sort entier s'acharne, mais qui reste parfaitement ignare en sa condition. Au contraire d'Alfred, François Perrin, pour reprendre ce nom chéri de Weber, ne comprend absolument pas ce qui lui arrive et avance dans un monde étrange, où les portes se ferment sur son nez, où ses avions s'écrasent, où les sables mouvants l'emportent.
Il y a une autre poésie, amoureuse cette fois, de voir la façon dont deux malchances peuvent se rencontrer et parcourir un bout de chemin ensemble, parce qu'ils glissent sur les mêmes peaux de banane, parce qu'ils chutent dans les mêmes fossés. C'est une philosophie de vie dans laquelle je me reconnais, même si je pense être quelqu'un de plutôt de chanceux au contraire, mais je ne peux faire autrement de croire en un grand horloger qui cadence les cœurs qui, un jour, doivent se rencontrer.
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Le personnage de Campana, joué par un Depardieu encore fringant, apporte ici le contrepoint intelligent de l'intrigue, sans que ce ne soit, évidemment, une nouveauté particulière : il faut bien un personnage dans lequel on doit se reconnaître, et qui singe à l'écran nos réactions particulières et notre incompréhension. Le tour de force, c'est encore, cependant, de se voir grandir de la sympathie pour ce détective sérieux, qui apprendra progressivement moins à croire au hasard ou à la chance, qu'à accepter l'existence de logiques pour lui incompréhensibles : notre regard ne peut aller plus loin que l'horizon offert.
En attendant cette épiphanie cependant, qu'il est drôle et fascinant de voir ce duo d'auguste et de clown blanc percuter des scènes qui, j'aime à le croire, font partie du panthéon comique du cinéma français. La scène du porte-bagage, remplie d'une tension cynique et grinçante, celle des sables mouvants qui me fait toujours rire aux larmes, la visite du club privé qui se risque au film de genre ; il y a beaucoup de beaux moments qui relèvent le niveau d'une intrigue qui, parfois, piétine un peu.
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Le dépaysement mexicain, qui nous donne de si jolis paysages, n'est effectivement pas toujours suffisant pour relever une histoire qui cherche malgré tout à raconter cette histoire glauque d'enlèvement, et qui traite sérieusement des moments lourds : le monde mafieux, les brutalités policières, parfois de la pauvreté ou de la misère humaine. Je présume que cela a été fait pour donner une couleur locale, pour jouer la note de l'exotisme, pour justifier le voyage : c'est sympathique au commencement, mais cela devient rapidement poussif.
Ces séquences diverses me dérangeaient beaucoup petit, encore maintenant. Tout pareillement, la fin m'a toujours semblé étrange, cette séquence dans la jungle ayant un rythme, une énergie et une écriture soudainement plus grave et plus sombre, comme s'il fallait absolument rajouter une énième tragédie avant le final de comédie. Il m'arrivait souvent, au cours d'un énième visionnage, de couper le film un peu plus tôt et de refaire la conclusion dans ma tête. On fait parfois ainsi avec son enfance, peut-être pour le mieux.
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