Super Mario RPG: Legend of the Seven Stars (1996, Squaresoft)

Publié le par GouxMathieu

   On s'en rappellera, mais fut un temps où l'import était une activité peu accessible au grand nombre. Il fallait le matériel, connaître les bonnes personnes, parler anglais ou japonais : ce n'était pas pour moi, quand j'avais 10 ou 12 ans. Super Mario RPG a encore pour moi cet aura de l'interdit, et de l'acte manqué.

 

   En 1996, on ne parlait plus trop de la Super Nintendo, évidemment : la Playstation, la Saturn était déjà là, la N64 arrivait, après bien des délais. Aussi, il fallait un miracle pour que les magazines accordent quelques pages à la vieille chose. Quelques jeux, cependant, étaient comme le chant du cygne : certains n'arrivèrent point aux États-Unis ou en Europe, comme Seiken Densetsu 3 ; d'autres ne passèrent point l'Atlantique. Chrono Trigger, Super Mario RPG étaient ceux-là, et ils me faisaient baver d'envie.

   Super Mario RPG avait surtout quelque chose d'inédit, d'unique, qui faisait rêver. Sa vue isométrique, qui aujourd'hui encore me plaît absolument dans Solstice ou Little Big Adventure, avait un charme fou ; voir le plombier, Bowser ou Peach en 3D, du moins, imitant la 3D, était une première qui en imposait ; il y avait, dans les photos qu'on voyait, une impression tenace d'un monde immense, que l'on ne pouvait pas explorer totalement.

   Le jeu n'arriva pas jusqu'à moi, jadis, et j'en fus particulièrement déçu. Soudainement, les magazines cessaient d'en parler, on fit comme rien de tout cela n'exista. Il fallut attendre l'arrivée, à la toute fin de vie de la N64, de Paper Mario pour se rappeler de l'existence même de ce jeu. C'était l'époque où Internet arrivait tranquillement, où je découvrais l'émulation : alors, je rattrapais mon retard, et je vengeais l'enfant qui n'avait pu tout connaître jadis. Super Mario RPG fut l'un des premiers.

   Je reviens périodiquement à l'aventure, encore maintenant je la refais. D'année en année, les dimensions de l'aventure rétrécissent, cela me frappe assez en ce moment. Les donjons, les combats de boss, les cinématiques qui étaient jadis si grandiloquentes, tout cela est à présent comme miniaturisé, étroit, petit. Certes, je connais maintenant (assez) bien l'intrigue, et je sais quoi faire : mais progressivement, tout cela devient de plus en plus mignard. Et c'est fascinant.

   Super Mario RPG, les Paper Mario ensuite d'ailleurs, ont toujours entretenu une relation forte avec l'artificialité, avec les marionnettes, avec le joujou. J'ignore si la chose a été, au commencement, pensée ainsi, ou si elle s'est agrégée progressivement, de métaphore en image, de facilité en coïncidence, mais ce thème consolide toute l'intrigue, toutes les mécaniques, tout l'amour que l'on peut avoir pour ce titre. Que Super Mario RPG devienne, progressivement, de plus en plus petit, ce n'est pas un défaut : c'est une bonification.

   Il fait partie de ces jeux qui, je me plais à le croire, se consolident avec le temps. Les traces du passé, la pixellisation un peu visible parfois, les menus opaques, l'intrigue bizarre, renforcent son identité, et n'empêchent pas sa revisite. Même, je pense qu'il devient, avec le temps, de plus en plus pertinent. Il y a une grâce, qui ne touche que quelques œuvres dans l'histoire d'un art : Super Mario RPG, je pense, montre de mieux en mieux qu'il en fait partie.

 

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