Johan et Pirlouit (1954 - 2001, Peyo et al.)

Publié le par GouxMathieu

   Cela serait presque, aujourd'hui, une anecdote, un savoir connaisseur : voilà l'origine secrète d'une autre série, bien mieux connue par ailleurs, et qui me semble aujourd'hui oubliée. Parlons-en un peu : elle le mérite bien.

 

 

   Comme beaucoup, j'ai d'abord connu les Schtroumpfs, par leur immense popularité, par leur attrait indéniable pour l'enfant que j'étais, avant de connaître Johan et Pirlouit. La chose fut purement adventice : en me promenant un jour chez mon libraire favori, en quête de nouveaux albums, je tombais sur celui-ci, "La flûte à six Schtroumpfs". Voilà une aventure dont j'ignorais tout ; ma surprise fut grande de la voir appartenir à des héros que je ne connaissais nullement ; je m'aperçus alors, par le ton, l'esprit, qu'il s'agissait bien là de la toute première apparition des lutins bleus. J'avais comme l'impression de découvrir une histoire interdite, dont personne ne m'avait parlé jusqu'alors.

   La quatrième de couverture présentait les autres aventures de l'auteur : tous les Schtroumpfs bien entendu, mais également Poussy, les aventures d'un chat noir et blanc, et Johan et Pirlouit. Par curiosité, je parcourais ensuite les autres aventures de ce duo moyenâgeux, mais je n'aurais jamais acheté que cet album inaugural, le reste s'étant dévoré à la bibliothèque municipale. Il y avait, effectivement, quelque chose qui me dérangeait jadis, le passéisme du décor, les couleurs délavées, le phrasé, parfois, délicieusement  archaïsant. Je recherche ces choses à présent : mais à l'époque, elles m'ennuyaient.

   C'est donc tout d'abord en relation avec d'autres que je parcourus ces aventures, et ce n'est que bien plus tard, lorsque je fus davantage sachant dans notre histoire commune, que ces historiettes me plurent. On s'en doute, le Moyen-Âge de ce chevalier et de son acolyte (et de sa biquette !) appartient davantage au fantastique qu'à l'histoire, et bien des doctes, sans doute aucun, auront eu des sueurs froides. Nous serions cependant à chemin, entre la parodie revendiquée d'Astérix et l'ancrage datée d'un Lucky Luke. C'est comme une sorte de moyen-âge de légende, à l'image de celui qu'aurait pu nous offrir un Victor Hugo : trop daté pour être imaginaire, mais trop féérique pour être réel, Marignan côtoie les enchanteurs et les fées bénissent les hérauts.

   Sans doute aucun, Chrétien de Troie fut une inspiration de Peyo, peut-être accidentellement. C'est une réminiscence scolaire, un mélange confus de cours d'histoire, de géographie et de littérature. Le roi est bon et sage, c'est un nouveau Salomon ; les chevaliers sont preux et droits ; les dames bien habillées ; Pirlouit chante mal. Je connais bien des ami.e.s, à présent, qui fulmineraient devant cette image d'Épinal qui tord bien des réalités, assène bien des mensonges. Certes, il s'agit d'une vision positive de la chose, loin de la fange et de l'obscurité que d'autres nous chantent : mais même doré, un mensonge se doit d'être souligné.

   Mais de la même façon que je finis, toujours, par m'éloigner des romans médiévaux, je ne peux manquer de m'éloigner de Johan et Pirlout, malxgré moi même. Il manque à ces histoires la métaphore des lutins qui ont volé la vedette, ou une leçon d'histoire qui m'étonnerait, une anecdote. Il y a des qualités, de belles et grandes : une narration d'une efficacité redoutable, des planches de bataille, parfois, d'une beauté cruelle, quelques gags à la préparation sans faille.

   Mais cela, hélas, je le trouve ailleurs, et de mieux encore. Toutes choses égales par ailleurs, ce que propose Johan et Pirlouit n'est ni unique, ni notable. C'est un point de départ, une initiation, un commencement, et nul doute que j'aurais bien aimé, jadis, débuter mon parcours de la bande dessinée par ce duo. Malheureusement, je les découvris trop tard, mon cœur était déjà formé. Ils demeurent, néanmoins, des souvenirs vivants, et j'ai de l'amitié profonde, sincère, pour eux. Que ces quelques mots les fassent exister encore un peu, avant qu'ils ne disparaissent, comme c'est là le destin de toutes choses : il ne sera pas dit que j'ai participé à leur chute.

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