Dragon Ball (1984 - 1995, Akira Toriyama)

Publié le par GouxMathieu

http://a401.idata.over-blog.com/0/04/74/81/image-dddd/dragon-20ball-20z-gt-203_1_.jpg   Moment historique s'il en est, mais c'est la première mention d'une bande dessinée japonaise, autrement appelé "manga" au sein de ce blog. S'il est vrai que j'ai plus l'habitude des codes et des auteurs franco-belges, je ne rechigne pas, de temps à autre, à la lecture d'un manga ou encore d'un comics même si, bien évidemment, je connais bien moins ces domaines que les terres de Tintin ou de Spirou. Et quoi de mieux pour inaugurer ceci qu'un des mangas les plus connus au monde, Dragon Ball ?

 

   Que l'on ne me fasse pas dire ce que je ne veux pas dire : si Dragon Ball ne saurait à lui tout seul représenter le manga dans sa globalité, n'étant en lui-même qu'un représentant du genre dit shônen, il reste cependant un chef d'œuvre de ce genre de bande dessinée, au même titre que Tintin pour la production européenne ; et, dans mon cœur tout du moins, reste le meilleur de tous. 

   Le meilleur pour bien des raisons : pour son histoire, pour son rythme, pour ses personnages, ses dessins ; le meilleur pour d'autres raisons : c'est le premier véritable manga que j'ai lu, et c'est celui pour lequel j'ai le plus tendresse. Particulièrement connu, je le présume, des gens de ma génération puisqu'il a représenté à lui tout seul (ou presque !) pendant des années le fer de lance d'une production jusqu'alors boudée par tous, il me suffirait -- cela me serait compliqué par écrit bien évidemment -- de siffloter les premières notes d'un célèbre générique pour qu'aussitôt tout le monde se lève d'un bond et se mette à le fredonner.

   Mais quand bien même puis-je connaître depuis vingt ans ou presque maintenant ce manga, je m'y serais intéressé qu'avec sincérité il y a peut-être cinq ou six années, où je me suis surpris à acheter avec méthode et, pour ainsi dire, curiosité le moindre des tomes parus en France et à suivre une histoire dont je connaissais des bribes, sans jamais parvenir à assembler de façon intelligente les nombreux morceaux. Cela était notamment dû au fait que je ne suivais pas la série animée que l'on nous diffusait gracieusement alors de façon assidue, et que les nombreux jeux vidéo qui sortaient sur consoles de salon de par chez nous ressemblaient bien davantage à un "mic-mac", faisant fi des différentes histoires, qu'à une tentative d'adaptation du manga en lui-même : un peu comme si, au lieu d'adapter, mettons, Indiana Jones en jeu vidéo, l'on y insérait sans scrupules E.T., Dark Vador et le requin de Jaws.

   Pendant très longtemps alors, je ne comprenais pas quelles étaient les relations entre les personnages, qui était gentil et qui ne l'était pas (chose en réalité assez compliquée à comprendre étant donné que les camps ou plus ou moins tendances, du moins jusqu'à un stade relativement avancé de l'histoire, à s'interchanger ou à permuter avec délice), etc. Maintenant, tout m'est clair comme un matin de printemps, et je puis sans coup férir et sans me tromper nommer les nombreux personnages qui ont émaillé cette quarantaine de tomes, y compris les plus obscurs. Je parle, bien évidemment, uniquement des versions papier de ces aventures puisque de nombreux films et la série animée se sont faits un grand plaisir d'ajouter et de complexifier un univers qui, sans cela, n'avait guère besoin d'approfondissements. Je ne m'y connais guère là-dedans, aussi je ne m'aventurerais pas sur ces terrains dangereux.

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   Ce que l'on ne peut en revanche pas nier, c'est l'intemporalité hallucinante dont le manga fait preuve, défiant les modes et les âges avec une jeunesse et une hilarité qui laissent perplexe. Là où d'autres œuvres, de tout horizon par ailleurs, peut-être parce qu'elles désirent trop plaire sur l'instant, sont oubliées et démodées un ou deux mois après leur arrivée, Dragon Ball fait fi de ces considérations et continue d'intéresser et de faire vendre, de faire parler de lui. Je ne compte plus les jeux vidéo, les films, les conventions, les révélations, etc. depuis l'arrêt "officiel" de la série, en 1995. Depuis ce temps-là, l'on attend, en vain, que l'auteur reprenne le flambeau, lui et lui seul. Il ne le fera sans doute jamais, il le fera sans doute bientôt. Qui sait ?

   Restons un instant ainsi sur le succès de cette bande dessinée -- succès planétaire, qui plus est -- qui était parvenu à séduire les adolescents des années 80 et 90, et qui parvient à séduire ceux de la génération 2000 (comme quoi, les modes passent, les peuples restent, comme disait l'autre), et tâchons de découvrir les raisons de celui-ci, du moins proposons quelques pistes.

   De prime abord, je pense que de la même façon que Star Wars, Dragon Ball est parvenu à magnifier la théorie du mono-mythe, c'est-à-dire à créer l'archétype de toute aventure avec ses passages obligés : l'appel de l'aventure, la rencontre avec la princesse, la perte du père, etc. etc. Cependant, si Lucas avait étudié le schéma, il semblerait que Toriyama, quant à lui, l'ait fait de façon totalement empirique, ce qui en dit long sur les qualités de conteur de cet artiste. D'autre part, il y a la psychologie particulière des personnages que l'on observe dans ce manga. Et, pour ainsi dire, il y a quelque chose d'étrange vis-à-vis des autres mangas que j'ai pu lire ; et cela illustre bien une réflexion que j'ai menée très récemment.

   En regardant à nouveau avec mon amie La Famille Addams (le film, dont je parlerai peut-être un jour ici-même tant je l'aime), nous nous sommes posés de nombreuses questions. Sont-ils immortels ? D'où vient leur magot ? Qui sont-ils exactement ? Etc. etc. bref, tout ce que l'on pourrrait appeler "l'arrière-plan". Mais toutes ces indications sont parfaitement absentes du film, qui nous impose son univers sans même nous demander notre avis, et construisent du spectacle à partir de présupposés qu'il nous faut induire au fur et à mesure de notre lecture de l'œuvre.

   Dragon Ball, c'est tout à fait cela. Il nous impose son univers sans nous consulter, et c'est à nous de reconstruire ce qu'il y a au-delà. Entre parenthèses, c'est sans doute pour cela que je n'apprécie guère les nombreux films, fan fictions etc. qui ont fleuri et continuent de fleurir car ils "brisent" toute la magie de l'œuvre en essayant de toujours justifier le pourquoi et le comment.

   Mais je pense également qu'il y a autre chose à considérer. Quelque chose de plus évident. De si évident que moi-même, je l'oublie souvent : si Dragon Ball se lit et passionne, c'est parce qu'il est éminemment sincère dans son écriture et dans son traitement. Il ne cherche pas, quoi qu'on en pense, "à en mettre plein les yeux". Il ne cherche pas à complexifier une information, mais la délivre avec évidence. Si Sangoku est devenu plus fort, c'est juste parce qu'il s'est entraîné. Si Freezer arrive à vaincre Vegeta, c'est parce qu'il est plus fort que lui. Etc., etc. Alors certes, vu de loin, il y a un côté "historiette d'élève de primaire", mais c'est ce qui fait le grand charme de cette œuvre : elle ne cherche pas à faire semblant, elle est réellement simple et sincère. 

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   Et dans ce monde qui cherche absolument à tout rendre on ne peut plus complexe (Inception, c'est à toi que je parle !), un peu de naïveté fait résolument du bien.

   Car plus que jamais, ce qu'il faudrait, c'est de la simplicité. Et je ne parle pas spécifiquement de simplicité de mode de vie comme on l'entend trop souvent, mais de simplicité d'esprit, condition sine qua non d'atteindre, si cela est encore posssible, la sérénité.  

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Alexandre DURAND 03/02/2012 16:14

Bonjour,
est-ce que l'auteur de cet article peut me contacter par email (pour nouveau projet) ?
Alexandre.