Les mémoires d'Outre-Tombe (1848, François-René de Chateaubriand)

Publié le par GouxMathieu

http://gouxmathieu.free.fr/RessourceImages/MOT.jpg  L'on peut pester contre les mémoires ou les autobiographies. Il est vrai qu'on accusa Rousseau, ou  encore Leiris, de se complaire dans la confession macabre ou scabreuse ; il est vrai qu'on peut rétorquer à certains  que l'exercice autobiographique est des plus égoïstes, mais, certes, pas autant que n'importe quel autre  exercice littéraire ; et quand du reste, ledit ouvrage est écrit avec talent, tact et sensibilité, on ne peut rester insensible à sa lecture, comme si, brutalement, ce n'était plus la vie d'un autre qu'on lisait alors, mais belle et bien la sienne.
 
 
 
   C'est un peu de cela que je ressens en lisant les Mémoires d'Outre-Tombe. Cet homme, qui planifia en réalité, on le saura, toute son existence à mourir, à préparer sa mort, soit, en d'autres termes, à philosopher, a eu une vie complète traversée par les Révolutions et les révoltes, les nations naissantes, l'angoisse du passé qui étreint et la fièvre de l'avenir qui inquiète ; au confluent de deux fleuves, il rencontra Napoléon, Washington ; il voyagea aux Amériques, en Judée, en Grèce ; enfin, il composa les plus belles œuvres romantiques françaises, de ce romantisme premier du début du siècle qui reste sincère même si aujourd'hui, avec le recul des temps, elles nous paraissent surannées.
 

   Petits lecteurs, passez votre chemin : l'ouvrage est monumental. C'est une Bible intérieure, un inventaire d'un "Moi" complet et complexe. D'anecdotes anodines aux grands tremblements de l'âme, on y trouve d'ores et déjà ces bribes de "Souvenirs Involontaires" dont Proust s'inspirera pour sa fameuse Madeleine ; des tableaux d'une rare présence, où l'auteur chasse une muse ou s'amuse avec un Roi ; de ces descriptions des hommes et des lieux qui trahissent un œil rare et amusé, qui ne rechigne en rien à glisser de ces notes gaillardes qui font tout le charme des grandes uvres.

   Ce livre eut, on s'en doutera, un profond impact sur ma personne. Car il prouve que l'on peut être concentré même dans la densité, et sans céder aux sirènes de la grandiloquence ou de l'image facile. Il y a de la recherche dans cet ouvrage, quand bien même tout semble s'écrire sans plume, venant de soi. Ce mystère caché me fascine et ne cesse de me fasciner... c'est pour cela, sans doute pour cela, que je l'aime assidûment.

 

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