The Twilight Zone (1959 - 1964, Rod Serling)

Publié le par GouxMathieu

http://www.openloungecast.com/wp-content/uploads/2011/04/rod-serling.jpg  J'ai un peu délaissé ce blog depuis quelques semaines, mais j'avais plusieurs bonnes raisons pour cela : la principale, c'est que je ne m'étais pas "nourri" d'œuvres culturelles intéressantes depuis quelques temps. L'été arrivant, le besoin que je ressentais de me retrouver... De là, je ne pouvais décemment alimenter ce blog. Du reste, ce billet risque d'être le dernier avant le mois de septembre, puisque je serai absent le reste de la période estivale.

 

  Bref.

  J'ai connu The Twilight Zone, autrement appelé sous nos latitudes La Quatrième Dimension, par l'intermédiaire de certaines diffusions télévisées, je crois sur Arte quand j'étais plus jeune. À l'époque, cela m'avait terrifié : l'atmosphère pesante des épisodes, le noir et blanc, la version originale à un temps où je ne comprenais pas du tout l'anglais, ce qui achevait de me faire perdre tous mes repères... Je n'y étais pas revenu depuis des lustres. Puis, au fur et à mesure des références qui en sont faites ici et là, après le visionnage de cet horrible film qui ne me provoqua en moi qu'une levée de sourcil circonspect, la chose ne cessait de me revenir. Finalement, je me trouvais une intégrale à vil prix, et mangeais les épisodes par paquet de douze.

  The Twilight Zone n'est pas seulement une pièce fondamentale de l'histoire de la télévision américaine ou mondiale. Il est, surtout, un chef d'œuvre de maîtrise, de profondeur et d'écriture. Sans tomber, je pense, dans un fan-service éhonté, je crois qu'il est juste de dire qu'aucune série télévisée contemporaine n'atteint le génie de celle-ci.

  Sa particularité la plus remarquable, je présume, vient du fait qu'il n'existe aucun personnage, lieu ou élément récurrent : chaque épisode se conçoit de façon parfaitement autonome, ayant un début et une fin. Seule la voix du narrateur, Rod Serling lui-même, ouvre et clot sempiternellement la petite histoire racontée. Chaque épisode, du reste, est construit selon un schéma bien connue : après la fameuse introduction (There is a fifth dimension...), le narrateur nous présente le ou les protagonistes de l'épisode, en déclinant généralement son nom et sa profession. S'ensuit alors l'épisode lui-même, découpée en deux moments séparés, initialement, par une page de publicité, et s'achevant chacun par une "chute", la première épaississant le mystère, la seconde le résolvant de façon inattendue. Enfin, Rod Serling revient lui-même afin de délivrer non une morale ou un précepte mais, plutôt, une conclusion, souvent sombre par ailleurs : rares sont les épisodes s'achevant sur une note d'espoir.

  Cette liberté de construction, le fait que l'on ne soit jamais attaché à un personnage ou à une intrigue en particulier permet à Rod Serling, qui a dû à lui seul écrire plus de 80% des épisodes, de s'essayer à différents genres et à différentes situations : récits fantastiques, fantômes, pactes faustiens mais aussi et sans doute mes préférés, récits d'anticipation. Il est vrai que ces derniers ont ce charme désuet de la science-fiction des années 60, avec ces combinaisons d'astronautes surréalistes et ces fusées longilignes ; mais ils savent également composer avec le peu d'effets spéciaux dont ils pouvaient se permettre, et l'essentiel des épisodes passe davantage par le dialogue et les situations que par les événements. Je présume que c'est une des raisons pour laquelle je n'ai guère apprécié le film de 1983, par ailleurs.

http://4.bp.blogspot.com/_kRBTLr-TZ68/THx7ZY9khpI/AAAAAAAAR4c/38ZxPnBMZy0/s1600/PDVD_001.BMP

  L'écriture de The Twilight Zone, davantage d'ailleurs que les chutes ou les renversements de situation, fait grandement sa force. Bien entendu, certains "twists" sont maintenant devenus des classiques, à l'instar de "Time enough at last" où un homme introverti ne désire que trouver le temps de lire tout son saoul ; mais mêmes les épisodes qui ne possèdent pas une issue des plus inattendues sont sauvés par la qualité des dialogues et du jeu d'acteur. Tout sonne incroyablement juste, ce qui est fascinant compte tenu de l'univers dans lequel se déroule les épisodes : l'on croit réellement qu'un homme est capable de changer de visage comme de chemises, ou qu'un autre puisse lire sur nos têtes l'heure de notre mort. Il y a une forme de retenue, et de sincérité que n'ont pas d'autres séries.

  Dans le même élan, la chose est cohérente avec les thèmes développés ici : car bien qu'il n'y ait pas de personnages récurrents, il est possible de voir des problématiques, des sujets, des objets revenir de loin en loin. En vrac, citons la solitude et l'isolement, l'inquiétante étrangeté - qui est l'apanage du genre fantastique du reste -, le suicide, le temps qui passe, le double par l'intermédiaire, notamment, des nombreux miroirs que l'on aperçoit le long de la série.

  Les personnages sont toujours en quête d'une identité, qu'elle soit temporelle, spatiale, professionnelle. C'est une plongée dans l'être, avec tout ce qu'elle implique de dangereux et de destabilisant. La question du réalisme, de là, ne se pose jamais au spectateur puisque les personnages eux-mêmes sont prompts à expliquer les événements de façon rationnelle. Rod Serling, on peut le dire, saisit parfaitement les ressorts de son genre de prédilection.

  J'avais cependant peur, je l'avoue, que les épisodes paraissent trop datés et, sur certains endroits, je suppose que c'est le cas : il y a un côté "Amérique insouciante", mais en même temps cruellement marquée par la guerre froide et la menace d'une guerre nucléaire, et les personnages féminins, parfois, sont un peu trop infantilisés. Mais la chose est cependant régulièrement évitée tant, encore une fois, les personnalités et les dialogues sonnent justes. En définitive, l'on se laisse emporter dans cette zone crépusculaire, oubliant tout ou presque de ses imperfections, bercé par la voix de son narrateur.

  The place is here.

  The time is now.

  This is the Twilight Zone.

 

 

Commenter cet article