Lettres de la marquise de M*** au comte de R*** (1732, Crébillon Fils)

Ce texte, je l'ai travaillé abondamment jadis, lorsque je passais l'agrégation ; je peine encore à l'aimer définitivement, pour plusieurs raisons. Pourtant, son souvenir immarcescible me hante encore et j'y trouve du génie, tranquillement, dans un siècle dont la littérature pourtant ne me plaît guère.
La littérature française du dix-huitième siècle, effectivement, ne me va point. Je l'ai lue, pourtant ; mais si ce n'est un roman de Diderot, parlant d'un valet de son maître ; une fable morale de Voltaire, et une seule ; des pensées ou des confessions de Rousseau, qui est sans doute déjà un romantique ; rien ne me retient pourtant. Peut-être est-ce cette envie de toujours tout raisonner, de tout mettre en perspective ; de se croire plus haut, ou plus loin, que le siècle d'avant qui peut-être leur pesait beaucoup. On me dira sans doute que je me trompe, et que je n'y comprends rien : c'est comme cela pourtant que je le ressens.
Les Lettres de la marquise... néanmoins, et quand bien même aurais-je été tenu de l'étudier en profondeur, ne me laissèrent point indifférent. Non pour son propos, nous sommes dans ce monde du libertinage mondain et nobiliaire, mais pour sa forme à tiroirs, de plusieurs façons. D'abord, pour cette idée du "roman épistolaire monologique", puisque nous n'aurons jamais accès qu'aux lettres et poulets de la marquise, jamais ceux du comte que l'on doit deviner, au détour d'une remarque ou d'une citation déguisée ; ensuite, pour les circonlocutions multiples de l'auteur, dont la voix se multiplie au détour de chaque concession, de chaque subordonnée, tant et si bien qu'il nous est impossible, souvent, de savoir précisément ce que pense la marquise, et de connaître les tréfonds véritables de son âme.

C'est peut-être ça d'ailleurs, davantage que ce monologue déguisé que l'auteur nous offre, qui m'attira et qui m'attire encore. Contrairement, comme je le disais, à cette démonstration continuelle des auteurs du temps, fût-elle réelle ou seulement pressentie, l'incertitude dicte chaque ligne de cette correspondance. On ne sait vraiment si les rencontres sont faites, si les mots sont vraiment échangés ; si l'acte lui-même, un baiser ne serait-ce, est offert aux amoureux transis. Il y a ces références nombreuses, explicites ou non, reformulées ou directes, aux grandes œuvres du passé, de l'antiquité à Racine ou Molière, aux figures historiques, voire aux contemporains dans un jeu de clés que connaît bien le siècle ; la tautologie, parfois, de l'expression ou du nom.
Le jeu de dupes, qui peut apparaître en première lecture, finit alors par se déplacer. Si nous sommes sans doute, au commencement et par une ironie, ou un sarcasme, parfois pesant, les victimes de ces plaisanteries, nous nous révélons progressivement connivents, accompagnant l'auteur, ou la marquise, dans ses élucubrations nombreuses. Nous ne sommes pas les seuls spectateurs de cette destinée qui se présente tantôt heureuse, tantôt malheureuse ; mais par notre actif travail d'interprétation et de raison, nous participons à sa fabrique quand bien même ne pourrions-nous jamais l'influencer, ou alors par la seule imagination.

Il en faudra cependant davantage ici pour me plaire totalement, et me faire dire qu'il s'agit là d'un chef d'œuvre, même médiocre, même oublié, de son siècle ou de son genre. Il est plaisant, certes ; intelligent, sans doute ; agréable, pourquoi pas.
Mais il est lourd cependant, troublant de verbigération et de détours : et si j'avais moi-même jadis, et en commençant à écrire, cette façon de faire, je m'en suis détourné depuis, préférant encore le léger au poids, et le silence au mot. Ces Lettres, cependant, sont toujours à côté de moi, non loin ne serait-ce : et au détour d'un ennui par trop lourd, je m'amuse à les parcourir encore, m'extasiant d'une richesse certes difficile d'accès, mais qui sait, une ou deux heures parfois, me détendre suffisamment pour oublier que je ne les apprécie point.

/image%2F0560266%2F20170303%2Fob_05875d_mystical-monks.png)

/image%2F0560266%2F20201028%2Fob_2a1481_ludo1.png)
/image%2F0560266%2F20201028%2Fob_221435_qdl.png)
Wyrd Sisters (1988, Terry Pratchett)
Inscryption (2021, Daniel Mullins Games)
Orgazmo (1997, Trey Parker)
Fluide Glacial (1975 - en cours, AUDIE)
A Few of my favorite things (5)
Jacquou le Croquant (1899, Eugène Le Roy)
Donkey Kong Country 3: Dixie Kong's Double Trouble! (1996, RareWare)
Les Guignols de l'Info (1988-2018, Alain De Greef & Alain Duverne, auteurs divers)
Kador (1978-1982, Binet)
Little Shop of Horrors (1982, H. Ashman & A. Menken)
Le Petit Chose (1868, Alphonse Daudet)
The Legend of Zelda: Link's Awakening (1993, Nintendo)
Columbo (1968-2003, Richard Levinson & William Link)
Cédric (1986 - en cours, Cauvin & Laudec)
Des nouvelles (février 2026)
Renaud cante el' Nord (1993, Renaud)
The Bizarre World of Fake Video Games (2025, Super Eyepatch Wolf)
Hades II (2025, Supergiant Games)
Evil Dead 2: Dead by Dawn (1987, Sam Raimi)
Walking Dead (2005-2020, Robert Kirkman et al.)
Commenter cet article