Les Ramoneurs de menhirs (2006 - en cours, Éric Gorge et al.)

Publié le par GouxMathieu

   Par ses liens, plus ou moins prononcés, plus ou moins explicites, avec le rock'n roll, je ne peux qu'aimer le punk, sous toutes ses variations. J'y reviens moins facilement cependant, son côté cru et acéré me fait souvent pencher davantage vers le mélodique ou l'expérimental : mais occasionnellement j'y reviens et hurle tout ce que je puis hurler.

 

 

   Comme j'étais jeune et étudiant, évidemment, j'écoutais Bérurier Noir ; comme j'étais jeune et révolté, évidemment, je profitais de mes, à présent disparus, longs cheveux pour balancer la tête et lever le poing ; comme j'étais en colère, sans raison particulière mais légitimé cependant, je répétais à l'envie des refrains bien connus, des paroles énervées, des réflexions véhémentes.

   J'ai grandi depuis, et je me suis éloigné de cela. Sans doute la société, le monde, m'a-t-elle progressivement amolli, peut-être ai-je trop intellectualisé tout ce qui me dérangeait ici. Heureusement, le punk ne se soucie guère de mes états d'âme, c'est une force, une lame de fond qui ne peut jamais s'arrêter : et si, jadis, j'étais venu aux "Bérus", ce sont les "Ramoneurs" qui sont venus à moi.

   J'ai beaucoup d'amour pour les indépendantistes, les révoltés, les séparatistes de tout poil : Corses, Bretons, Basques, il est une grande poésie, à mes yeux, pour ces choses-là, une poésie qui titille mes aspirations anti-fédéralistes. Quoi de mieux alors que ce punk celtique, que ce mélange de bombarde et de biniou, de marche militaire et de joyeusetés, de vie qui s'élève sur les charniers nationaux et de l'annexion forcée d'un peuple et d'une culture.

   Sans surprise particulière, leur reprise, attendue évidemment, de "Bella Ciao" me revient nécessairement ; "Vive le feu" attise mes envies pyromanes, me venant de loin en loin ; quant à "la blanche hermine", reprise encore une fois, sera ce chant révolutionnaire que j'entonnerai en passant près des barricades.

   Surtout, et ce que ce groupe me rappelle toujours toutes les fois que j'eus l'opportunité de les voir en concert, c'est que la colère n'est jamais sans humour, c'est que la marche de la révolte se fait avec des cris de joie, c'est qu'on ne change point le monde sans rire et des anciens choix, et des nouveaux.

   C'est peut-être encore cela qui me fait revenir ici, cette joie profonde que je sens, que l'on retrouve dans le nom même de la composition, dans les apartés adressés à ce public transpireux et massé, comprimé, vibrant ; c'est la haine de vivre, absolument, profondément, totalement, de ne rien devoir à personne et de hurler encore la nuit profonde abattue. C'est ce cri, "nous ne partirons pas en silence, sans vous envoyer une fois dernière vous faire foutre" : et tout calme puis-je être à présent, cela me fait du bien de me souvenir des raisins de la colère.    

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