The Butterfly Ball and the Grasshopper's Feast (1974, Roger Glover et al.)

Publié le par GouxMathieu

   Je me souviens assez bien de la première fois que j'entendis un bout de cet album, sans surprise particulière "Love is all". Comme un certain nombre de ma génération, c'était comme habillage d'une publicité dédiée à un sirop, dont le nom m'a depuis échappé. La musique était, de loin, la meilleure partie de ce spot.

 

   Des années plus tard, bien des années plus tard, je sus qu'il s'agissait de Dio, que j'avais découvert peu de temps avant, et qui devenait progressivement mon artiste musical favori, comme j'ai pu le dire auparavant en parlant de Holy Diver, sans doute l'album Heavy Metal, ou Rock'n Roll, le plus important de ma courte existence sensible. Alors, je remontais méthodiquement, j'écoutais plus précisément l'album ; je comprenais que son producteur était l'un des "Deep Purple" ; je sus que Les Binks, de Judas Priest, fit les percussions ; Michael Giles de King Crimson ; tant d'autres encore. Ce n'était pas qu'un album : c'était le Reader's Digest, le Who's Who de la musique du temps.

   Cela cependant, je ne l'ai su que progressivement, et je ne l'ai su que par vagues progressives, dont l'édacité encore me touche aujourd'hui. Je ne peux que remercier les encyclopédies en ligne, Wikipedia en premier lieu, pour m'avoir permis de tirer tous les fils progressivement, de remonter tous les noms, de faire le liant entre ces différentes personnalités qui fraient les mêmes milieux, s'influencent progressivement, se revendiquent et se copient parfois, sans pour autant se répéter.

   Il y a aussi quelque chose d'assez étrange, finalement, à considérer cet album comme l'un des meilleurs représentants du rock'n roll tant il emprunte à une imagerie, et une mythologie, que l'on peut croire très éloignée de celui-ci, ou alors uniquement réservée à des branches psychédéliques dont j'ai parlé à quelques reprises, qui avec Iron Butterfly, qui avec The Beatles ou Frank Zappa pour ne citer que les plus connus. Voici donc venir les princes des Enfers, des bêtes cornues et des flammes chanter le bal des insectes et des crapauds, les liserons chantants et les pâquerettes bleues : et sans doute, il n'y a rien de plus rock'n roll qu'un vol de papillons. Gotainer dira pareillement, tiens ; comme quoi.

   Bien qu'évidemment "Love is All" demeure de loin ma favorite - et de nombre du reste, je ne serai guère original ici -, c'est oublier "Old Blind Mole", et ses rythmes orientaux ; "Magician Moth" et son air si déstabilisant, qui ne peut que faire penser, dans un autre art et dans une autre époque, à la chenille de Carroll ; et la marche des "Dreams of Sir Bedivere" me semble être comme le prototype de toute cette époque, une chanson aux airs si iconiques qu'elle donne cet effet étrange d'être une parodie tant elle sonne exactement comme ce à ce qu'on s'attendrait qu'une chanson des années 1970 ressemblât.

   Les choses sont cependant ainsi faites : je connus Dio et j'embrassai parfaitement le heavy metal, je connus Roger Glover et malgré ma grande reconnaissance pour son travail, au sein des Deep Purple comme pour Rainbow ou pour son incroyable travail de producteur, je m'en éloignais. Il ne s'agit pas ici tant d'un choix volontaire que d'une évolution naturelle des goûts, des couleurs et du temps. Peut-être dans vingt ans ferai-je le chemin inverse, peut-être jamais : c'est ainsi.

   Il ne cesse cependant jamais de me surprendre, comme nos goûts et nos couleurs se forgent parfois par force, parfois hasardement, au détour d'une connaissance culturelle commune, d'un ou d'une associée artistique, parfois d'une référence lointaine. Nous ne sommes pas les maîtres absolus de tous ces choix ; et quand bien même certains nous conduiraient, comme celui-ci et comme pour moi, à habiller mes rêveries musicales de démons et de chaînes, je me souviens d'une certaine sauterie pastorale, qui était encore innocente, même si elle n'était plus tout à fait naïve.

Commenter cet article