Baki (1991 - en cours, Kaisuke Itagaki)

Publié le par GouxMathieu

   Les mangas de combat font partie de mes favoris, j'ai d'ailleurs eu l'occasion d'en parler ici ou . Il y a quelque chose de fascinant à voir ces sur-humains, aux musculatures improbables, consacrer leur vie à perfectionner leur art et tout perdre, ou tout gagner, en un coup stratégique, savamment porté.

 

 

   Baki est, me concernant, une découverte récente malgré ses trente années d'existence. C'est à la faveur d'une série animée proposée par Netflix que je me plongeais absolument dedans, et que j'en ressortais plus énergisé que jamais. L'histoire suit Baki, un jeune lycéen qui se trouve être le fils de l'homme le plus fort du monde, "l'Ogre", qui doit son surnom à sa musculature impressionnante : quand il contracte son dos, on devine un visage de démon. L'Ogre est employé par l'armée pour pulvériser les tanks de son poing ; il tue les lions pour le plaisir ; il est l'improbable fait force.

   Alors, on suivra Baki dans sa quête pour vaincre son père, trame plutôt habituelle dans les histoires d'initiation. Doué lui-même d'une musculature impressionnante, il affrontera des adversaires de plus en plus forts, s'inscrira à des tournois légendaires, combattra des mantes religieuses géantes et imaginaires pour affiner son style. Oui, Baki est un manga qui embrasse rapidement sa stupidité et son grand-guignolesque, pour mon plus grand bonheur.

   Il n'y a pas cependant que du grotesque dans ces histoires, même si, à l'instar d'un Jojo, il participe particulièrement à l'amour que je puis avoir pour elle. Il y a aussi une sincère approche des arts martiaux, et entre deux balles ricochant sur des pectoraux saillants et des souffles si forts qu'ils vont voler les organes en éclats, on nous enseigne l'origine de telle posture de kung-fu, de telle technique de boxe, d'un coup de pied sauté. Les personnages sont inspirés de bodybuilders ou de véritables artistes de Mars, quand ils ne s'incrustent pas dans l'histoire à l'instar de Mohammed Ali, qui développa un nouveau style de boxe comme chacun le saura.

   On ne se risque cependant point ici à la philosophie pesante ou à la leçon de vie, accidentellement peut-être : on cherche à être le plus fort pour le plaisir de se battre, et on se bat pour le plaisir de mesurer sa force. Nulle catastrophe imminente, nul amour à conquérir, nul discours sur ce qu'il faut sauver et ce qu'il faut sacrifier. Il faut se battre, tout simplement, et rien de plus.

   Alors oui, le style de l'auteur est, au commencement, très déstabilisant, et il est vrai qu'il ne plaira pas à tout le monde, pour reprendre la formule consacrée : moi-même, j'ai initialement eu un mouvement de recul avant, ensuite, de m'y plonger absolument. Si on sait passer outre, on lui découvre des beautés inédites et inaccessibles de prime abord, un goût du détail et une connaissance anatomique parfaite, un plaisir et une sincérité absolue qui transsude de la moindre des pages.

   C'est sans doute également une fable masculine, dans le sens premier et non vulgaire du terme : on sait que ces physiques musculeux sont surtout dirigés vers les hommes, et je rêve souvent de ces pectoraux que jamais je n'aurai, de ces cous de taureaux, de ces jambes si puissantes qu'elles brisent le béton à chaque pas. C'est un imaginaire dont j'ai besoin, moi qui jamais ne brillai par mes compétences athlétiques, moi pour qui chaque cours de sport, à l'école, fut une souffrance. C'est un rêve génial, dans lequel je me perds avec bonheur.

 

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