Starmania (1979, Luc Plamondon & Michel Berger)

Publié le par GouxMathieu

   Les opéras, tout comme les comédies musicales, ne m'ont jamais franchement bouleversé. C'est une affaire de goût, je pense, d'éducation peut-être : mais encore maintenant, cela me laisse plutôt froid. Starmania est alors une exception pour moi, sans que je ne prétende qu'il soit le meilleur, ni le pire : c'est celui que j'aime, cependant.

 

   On en fait souvent le précurseur, l'un des premiers "opéras-rock" francophones intégralement chantés : je laisse les historiens et les historiennes de la chose nuancer cela. J'avoue, en toute franchise, être venu à l'opéra, et à son album, par Daniel Balavoine, dont la prestation compte parmi les plus célèbres : "S.O.S. d'un terrien en détresse" m'a toujours plu, et il fait partie des airs que je chantonne encore à part moi au long de ma journée.

   Je passe en revanche volontiers sur l'histoire elle-même, toute convenue et simple : je donne volontiers raison aux critiques, sans toutefois aller jusqu'à dire que cela est mièvre ou facile. Il n'y a rien de mièvre à chanter l'amour et l'espoir, à vouloir l'amitié des peuples et des gens ; si on ne le souhaite point, si on ne le veut point, à quoi bon être ici, à quoi s'occuper dans le peu de temps qu'on nous offre à vivre ?

   Il m'a semblé que toute mon enfance fut traversée par des musiques issues de cette œuvre, sans savoir toujours, cependant, que cela venait du même endroit. "Quand on arrive en ville", "Le Blues du businessman", "Besoin d'amour"... je les entendais souvent, à la maison parfois, dans les commerces et à la radio souvent, et je prenais ces textes dans leur généralité, plutôt que dans leur spécificité. Ce n'était point des personnages que j'entendais, Johnny Rockfort, Ziggy, Zéro Janvier, mais des archétypes, le loubard, l'homme d'affaires, le rêveur ; je me retrouvais parfois dans l'un, parfois dans l'autre, mais je ne les pensais pas en interaction.

   À dire vrai et encore, c'est comme cela que j'aime à considérer cette œuvre, tant mon goût lointain pour l'opéra m'empêche de goûter les narrations les plus continues, du moment qu'elles sont chantées. Dans ce recueil divers, où les voix se succèdent et parlent de ceci et de cela, parfois plus généralement, parfois plus directement, je comprenais progressivement la personne que je voulais être, sans le savoir moi-même.

   Quand je réécoute Starmania aujourd'hui, je ne peux cependant m'empêcher de le croire vieilli, laborieux par endroit, lambin. Une fois ôté les chansons les plus célèbres, et qui sont de loin les mieux réussies, le reste est finalement assez plat et convenu, représentatif, je me plais à le croire, ni de "l'opéra-rock" en particulier, ni de la chanson française en général, du moins, pas selon mes goûts propres. Ce qui reste pourtant me plaît énormément, et des vingt ou des trente ans plus tard, j'y reviens encore.

   Il y a peut-être cette ironie, que comme je n'aime point l'opéra, j'aime pourtant partie de Starmania. Pour les gorges chaudes, cela prouve qu'il s'agit bien là d'une œuvre médiocre : je passe volontiers sur l'insulte détournée. Je n'ai jamais indexé mes goûts sur l'approbation critique, tout au plus me guide-t-elle sur un sentier inconnu, mais si j'y reste ou si j'en pars, cela me regarde. Il y a de la beauté dans Starmania, même si contre lui.

 

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