Lisa LeBlanc (née en 1990)

Publié le par MathieuGoux

   Il y a peu, j'ai demandé sur les réseaux sociaux de nouvelles voix féminines pour ma liste de lecture musicale. Je me rendais compte que mon univers était surtout masculin, je voulais m'habituer à autre chose. Parmi toutes les recommandations que l'on me fit, je découvris Lisa LeBlanc, avec un plaisir extraordinaire.

 

 

   J'ai grandi avec une certaine représentation de l'Acadie et du Québec, des caricatures de caribous et de poutine, d'un accent que l'on jugeait drôle, d'insultes bizarres. Il me semble que les choses ont depuis changé, il faut dire que la France intègre mieux la Francophonie et se pense même, c'était impossible jadis, comme un pays francophone elle-même. Je doute que cela soit entièrement gratuit, maintenant que son aura disparaît, elle se cherche des alliances. Timeo Danaos etc.

   En ce sens, on entend davantage, et les échanges culturels sont plus forts, des deux côtés de l'Atlantique. Et même si on reste encore prudent, même si on se toise encore un peu comme le feraient des cousines ou des cousins de branches éloignées à un mariage, on finit par aimer ce qu'on lit, voit et trouve.

   Lisa LeBlanc a cette qualité, finalement rare : on entend comme de la bienveillance au détour de chaque note, de chaque phrase ; il y a du sourire dans sa ponctuation. Souvent, le talent s'accompagne d'une hautesse maladroite et détestable, d'une morgue qui éloigne et isole. Il faut du talent, en plus de ce talent-là, pour s'en prémunir, et il est difficile de ne pas être intensément bien en l'écoutant.

   Il y a quelque chose d'heureux, aussi, dans le croisement de plusieurs influences, la façon dont le banjo se mélange au rock'n roll, que le chiac accompagne le disco. J'ai toujours aimé les miscellanées, les mélanges et les mâtins, ce qui ressemble à un cheval d'un côté, à une alouette de l'autre. Peut-être est-ce pour cela que je suis devenu chercheur, le métier où rien n'est jamais simple, où rien n'a jamais qu'une seule réponse : où le détail est infini, et où nos connaissances sont alors toujours superficielles et imparfaites.

   Quelque part, j'ai presque envie de dire que Lisa LeBlanc est une punk, c'est-à-dire une dandy. Elle cultive comme une étrangeté savante et recherchée, presque désabusée, avec un regard que l'on devine moqueur. Mais c'est bien parce qu'elle se moque de tout, et surtout de l'essentiel, que tout a de l'importance. À l'oisiveté, elle préfère l'otium, l'oce au nég-oce : son regard exercé voit des trésors partout, et le repos l'amène sur des sentes oubliées.

   Il y a du temps long, dans la chanson de Lisa LeBlanc, dans ce dialogue de plusieurs traditions, dans ce pays qui en est un sans l'être, dans cette nation dont on s'est longtemps moquée et que l'on aime d'amour à présent, qui est une autre nous-mêmes et qu'il faut découvrir totalement. Commencer ici, c'est ne pas se détromper. 

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