Zaï Zaï Zaï Zaï (2015, Fabcaro)

Publié le par MathieuGoux

   De toutes les grandes familles d'humour, l'absurde est sans doute celle qui me retient le plus. Peut-être, j'y pense à présent, parce que mon métier consiste à trouver du sens et que je me réfugie là où il y en a le moins. Ou peut-être parce que l'absurde sait détruire les hautes et dignes barrières élevées autour de mon crâne.

 

    Je me souviens précisément, et c'est souvent la marque de mes chefs d'œuvre personnels, le moment où je découvris cet album. J'étais chez une vieille amie de faculté, nous discutions tandis que je jetais un œil distrait à sa bibliothèque. Je prenais un album au hasard, un livre, j'essuyais une poussière ; et puis, je tombais là. Elle m'assura que c'était brillant, et que j'aimerais sans doute beaucoup. Elle ne s'était pas trompée.

   Mon amour de l'absurde est peut-être enkysté dans le visionnage précoce des films du trio ZAZ, à moins que ce ne soit les Robins des Bois ou Gotlib ; mais c'est un art difficile qui peut rapidement verser soit dans le désintérêt, soit dans la facilité grossière. Il faut être fildefériste pour être absurde et le vertige touche nombre.

   Fabcaro ne m'était pas alors inconnu et je l'avais déjà croisé, je crois bien, tantôt dans Fluide Glacial ou dans le Psykopat, peut-être même chez Spirou, allez savoir. Ce n'était pas son style habituel cependant, il y a quelque chose du roman-photo dans Zaï... qui crée, précisément, ce décalage bizarre entre les dignes estampes, presque documentaires, des cases, et les échanges lunaires. Je parlais de Gotlib plus haut, il savait tout aussi bien varier la cadence. J'aime les polymathes et les polymains.

   Il y a sans doute autre chose, d'ailleurs, c'est ce mélange assez harmonieux, surprenant sans doute, entre des pastilles presque indépendantes, qui se dégustent seules et plaisent, et la narration plus continue de l'ensemble. Narration sans doute un peu borgne et limitée, le grand écart n'est pas toujours sans rictus douloureux, mais beau néanmoins et satisfaisant.

   Il y a une philosophie de l'absurde qu'il est facile de faire et c'est une arme politique puissante, on n'a sans doute pas besoin de le montrer ici. J'avais chopé cette philosophie plus jeune, comme on attrape une grippe ou une intoxication alimentaire, je l'ai vomi pendant quelques jours avant de passer à autre chose. Je suis sans doute plus mesuré à présent, du moins, j'accepte de lire autre chose que ce qui serait nécessairement intelligent.

   Car il y a un plaisir primaire dans l'absurde également, quelque chose du joujou de la cour de récréation ou des ennuis tranquilles quand on attend le bus ou le métro, des fils de pensées qui s'entremêlent anarchiquement dans les poches de notre cervelet. Sans doute, un très docte médecin en tirerait des conclusions savantes. Mais peut-être est-ce juste rigolo, d'imaginer une traque à l'homme à cause d'un oubli de carte de fidélité, et rien de plus.

 

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