Donkey Kong Land (1995, RareWare)

Publié le par MathieuGoux

   Je repense parfois à des jeux de mon enfance, mais pas nécessairement aux grands jeux qui ont forgé mon goût et mes envies. Plutôt, aux petites œuvres, que j'ai possédées et qui m'ont lassé, mais qui ont su pourtant imprimer leur marque sans y paraître.

 

   Je repense alors à Donkey Kong Land, je l'avais fait il y a quelques années déjà sur GrosPixels quand je les avais reparcourus en émulation. J'étais alors, je suis toujours, fan de l'interprétation que RareWare avait donné du personnage, sur Super Nintendo notamment. Le portage de la série sur la toute première Game Boy avait été reçu, à l'époque, avec moins de curiosité que de questions.

   On comprenait bien entendu toutes et tous, joueurs, joueuses et critiques parallèlement, la raison véritable à la chose. Toutes les licences, tous les jeux à succès avaient droit à leur portage, certains plus réussis que d'autres, mais généralement de moindre qualité au regard des originaux sur console de salon. La perspective, cependant, d'emporter en voyage un gameplay que l'on adorait n'était pas négligeable il y a trente ans ; du moins, en l'absence d'autres options, il fallait s'en contenter.

   Le cas de Donkey Kong Land était cependant plus particulier encore, dans la mesure où l'existence du tout premier Donkey Kong Country se justifiait par ses prouesses technologiques. Le jeu était bien fourbi, même si ses propositions n'étaient pas aussi révolutionnaires que d'autres, on s'amusait pas mal, mais il faut être d'une certaine mauvaise foi, aujourd'hui comme à l'époque, pour ignorer la façon dont les graphismes, tout comme la musique, ont fait le succès du jeu.

   Tout cela devait alors être mis de côté, et le gameplay lui-même se devait d'être lourdement modifié pour s'accommoder de l'étroitesse de l'écran, de ses commandes simplifiées, du nombre d'éléments affichables à l'écran. Ce n'est pas à dire que le jeu ne propose pas du neuf : il a de tout nouveaux environnements, quelques ennemis uniques, définitivement, on a cherché à adapter plutôt que de simplement "porter".

   Même en 1995, Donkey Kong Land ne m'avait pas convaincu. Même en y revenant il y a six ou sept ans, il ne m'avait pas convaincu. Hier soir encore, je le relançais négligemment, il ne m'a pas convaincu. Mais il y a toujours quelque chose de fascinant dans l'existence même de ce jeu, dans les efforts qui ont contribué à son existence, dans tout ce qu'il essaie d'être et qu'il ne parvient pas à être. C'est, pour ainsi dire, un très bel échec.

   Je repense aussi à ça, dès lors. Je pense à des choses qui sont belles non parce qu'elles sont réussies, mais bien parce qu'elles sont ratées, mais qu'elles ont essayé de faire tout ce qu'elles pouvaient et que ça se sent dans le produit fini. Bien de mes projets et de mes ambitions suivent, sans doute, le même chemin. Et on peut être glorieux, on peut être glorieuse dans l'insuccès : toutes les réussites n'en sont pas essentiellement.

 

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