Illusions perdues (1843, Honoré de Balzac)

Publié le par GouxMathieu

   Il est de grands auteurs, ou présentés comme tels, qui m'ont toujours laissé plus ou moins froid. Aussi, Victor Hugo (à quelques exceptions notables, dont L'homme qui rit), Zola, Diderot... et Honoré de Balzac. Du moins, pour avoir lu toute son œuvre, je peine à dire que tout me plaît ; mais paradoxalement, je suivrai l'avis de chacun et je considérerai que de tout, Illusions perdues est sans doute l'un de mes romans favoris.

 

    Je pense que l'amour que je puis avoir pour cette œuvre majeure de la "Comédie humaine" vient en grande partie de son titre. L'onomastique m'a toujours fasciné, et une œuvre n'est pour moi pas complète si un titre fort et intéressant, du moins à mes yeux, n'orne sa couverture. Illusions perdues. Il y a quelque chose là, une association de deux termes qui m'attire sans que je ne puisse expliquer parfaitement pourquoi ou comment, et je me surprends à employer cette expression assez régulièrement, signe de son influence réelle.

   Je devais avoir à peine vingt ans lorsque je lus l'ouvrage. Commençant à écrire de façon "sérieuse" et me rêvant prochainement célèbre et reconnu, je ne pouvais faire autrement que de m'associer parfaitement au personnage de Lucien qui fera l'expérience malheureuse de la capitale. Encore aujourd'hui je ne peux manquer de me croire bien plus proche de cet anti-héros que je ne veux me l'avouer, et dans ses grandeurs, et dans ses bassesses, et dans ses succès, et dans ses échecs. Et plus je relis ce roman, plus ma faible âme ne peut s'empêcher de me dire qu'il s'agit là de ma biographie ; du reste, mes racines étant à Poitiers, autant dire que le pont fut vite bâti...

   Bien entendu, mon existence est loin d'être aussi "romanesque", le terme est choisi je crois, et je n'ai pas à pleurer la mort d'une aimée ni à revenir, piteux - mais qui sait de quoi demain sera fait - dans la ville de ma mère.

   Étrangement, je ne peux aborder ce roman que par le seul prisme de son histoire. Rien concernant les idées, comme pour Les frères Karamazov, rien sur le style, comme pour Gaspard de la Nuit : étrangement, car ce sont deux éléments que je tiens d'ordinaire en très grande estime pour la Littérature. Et pourtant, même si le style balzacien ne m'a jamais profondément marqué, même si la "philosophie", peut-on dire, de l'ouvrage ne m'a jamais particulièrement touché, je ne peux m'empêcher de considérer Illusions perdues comme un chef d'œuvre de son art et l'un de mes romans favoris.

   Quelque part, je suis attaché à ce roman de la même façon dont je peux l'être pour une série télévisée ou un comic book : je cherche à en savoir la fin. Je ne peux faire autrement que de croire ces personnages pertinemment vivants et moi de suivre leurs pérégrinations comme jamais, en m'intéressant, en m'investissant ; je frémis à chacune de leur peine et j'exulte à la moindre de leur réussite. Et étrangement encore une fois, cela me contente profondément.

   Du moins, la chose est suffisamment rare, me touchant, pour que l'œuvre en devienne inoubliable.

 

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