Tremors (1990 - 2004, divers)

Publié le par GouxMathieu

   J'avais parlé, jadis, de mon amour pour "l'humour con". Au-delà de cela, j'apprécie particulièrement la frange, de plus en plus connue, des "nanars", ces films qui, parce qu'ils sont intensément mauvais, en deviennent paradoxalement bons. Si le premier Tremors appartenait volontiers à cette catégorie, les suivants décidèrent de parfaitement se jouer des étiquettes et de devenir des parodies superbes.

 

   Résumer l'intrigue de Tremors (1990), premier du nom, est des plus simples. Vous connaissez sans aucun doute Jaws, les dents de la mer ? Eh bien, représentez-vous le même danger, mais sous la terre. Tremors nous conte ainsi la lutte d'une petite bande de rednecks du fin fond du Nevada, dans un village perdu du nom de "Perfection" contre des "graboids", des manières de vers de sable géants qui engloutissent tous ceux qui fouleraient leur garde-manger.

   Délicieusement stupide, notamment par l'intermédiaire de la honte, palpable, de Kevin Bacon à jouer dans un "film de genre", Tremors est un divertissement sympathique qui ne prévaut, en réalité, que pour l'une ou l'autre scène touchée, dont cet affrontement carabiné entre l'un de ces vers et un couple féru d'armes à feu, patriotes jusqu'au bout des ongles, qui écumeront tous leurs calibres pour mettre fin à l'investigation curieuse de l'anthropophage. Le film a le malheur, dira-t-on, de se prendre bien trop au sérieux : et nonobstant la grande qualité des effets spéciaux et des animatronics figurant les différents monstres, rien ne présageait le film au succès qu'on peut lui connaître aujourd'hui.

   Il faudra alors attendre six années, et peut-être l'aide de quelques producteurs peu scrupuleux, pour relancer en "direct-to-video", la franchise et d'en faire une suite, Tremors 2: Aftershocks (1996). Et ici, nous confinons au génie.

   Pleinement conscient de l'absurdité de son principe, Tremors 2 prend un malin plaisir à offrir au spectateur ce qu'il désire absolument : des personnages caricaturaux à souhait, entre le cow-boy dépressif, la scientifique exaltée et, bien entendu, Burt Gummer, le féru de pétard que j'évoquais plus haut, qui signe ici son grand retour. Cabotin mais féroce, malin mais maladroit, il faudra bien cela pour affronter les graboids qui, Darwin aidant, évoluent rapidement en sorte de poulets mutants bien plus vicieux que jamais.

   Il est un mélange ici particulièrement intéressant : entre le western de seconde zone et le film de monstres de troisième zone (n'ayons pas peur des mots !), l'on retrouve à la fois cette fascination pour les grands espaces, le culte des revolvers, les reliefs accidentés et les situations d'urgence, l'isolement malsain, la science de bazar. Ajoutez un side-kick énervant les premières secondes mais cruellement attachant les secondes et vous obtenez, à mon sens, l'un des meilleurs films de monstre de la fin des années 1990. Il y a là une jouissance que j'hésiterais presque à qualifier de "pervers" tant la sincérité transpire de l'œuvre : de la même façon que Killer Klowns from Outer Space, il est impossible à quiconque de prendre la chose au sérieux.

   Alors oui, la série se sera perdue par la suite avec le troisième épisode (Tremors 3: Back to Perfection, 1996) la faute moins à ses idées fantasques (les graboids peuvent à présent voler) qu'à un cruel défaut de rythme, la première moitié du film s'avérant inintéressante au possible. Fort heureusement, le très long final contentera le passionné : mais le premier venu, quant à lui, sera déçu du résultat. Restera alors le grandiose Tremors 4: The Legend Begins qui, outre son titre on ne peut plus cliché, nous ramène à la fin du dix-neuvième siècle et à la première rencontre avec les ancêtres des graboids.

   Aimer l'art, et aimer un art en particulier comme je puis aimer qui la Littérature, qui la musique, qui le cinéma, c'est aussi aimer la parodie : elle nous fait apprécier le génie des œuvres parfaites. Comme je l'expliquais récemment pour A Nightmare on Elm Street, les films qui, parce qu'ils connaissent les rouages de leur mécanique, savent les distordre et les pousser aux confins de leurs limites, ont un côté fascinant tant ils savent entretenir le flou qui les habite ; et nul doute que nombre, parmi les fans de Tremors, regardent ces films avec honnêteté et les considère comme le haut du panier.

   Quand bien même il ne saurait jamais exister de lecture "vraie" mais uniquement de lecture "juste", je pense que mon amour pour ces longs-métrages vient bien du second degré, de la hauteur prise lors de leur lecture ; et si je ne peux manquer de m'extasier, en bon primate évolué que je serai, lorsqu'une gigantesque explosion retentit, ce sont surtout les dialogues choisis, la nonchalance des participants, l'humour grandguignolesque que je retiens là.

   Tremors me rappelle surtout, ce que j'ai parfois tendance à oublier, qu'il existe des chefs d'œuvre "en mode mineur" : et que leurs qualités n'ont rien à envier aux plus fiers panthéons.

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