Eh mec ! Elle est où ma caisse ? (2000, Danny Leiner)

Publié le par GouxMathieu

http://ecx.images-amazon.com/images/I/61YMc2M3X4L._SL500_AA300_.jpg   Je ne sais pas trop quelle image de moi je peux renvoyer au travers de mes textes, que ce soit sur mon blog, dans mes activités d'écriture ou encore sur Grospixels ou Zeplayer. Sans doute, à lire des mots sérieux sur des choses sérieuses et des phrases graves sur des choses légères s'imagine-t-on que je suis une façon d'intellectuel coincé du fondement ou approchant. Ce serait mal me connaître. Car s'il est une chose que j'aime plus que tout, ce n'est ni la philosophie antique ni la poésie baroque : c'est l'humour con.

 

   "L'humour con" est simple à définir. C'est un humour qui travaille au corps, par la fatigue et la faiblesse de l'esprit. Ce n'est ni un humour de mots, ni un humour de situation, encore moins un vaudeville ou une critique sociale quand bien même il peut prendre où cela lui chante. L'humour con est insupportable, il faut pour y accéder et le comprendre être dans une disposition d'esprit particulière, saoul ou bourré ; produit en grande partie américain, ses représentants les plus célèbres seraient les fameux Bill & Ted's Excellent Adventures, Wayne's World et le film de cette chronique, Dude! Where's my car? J'ai hésité à classer également dans cette catégorie les films du trio ZAZ (Zucker, Abraham, Zucker comme Airplane ou The Naked Gun, mais ils tirent davantage du côté du voyage surréaliste, un tantinet plus intellectuel donc) ou encore Tenacious D. and the Pick of Destiny, mais ce dernier est une comédie musicale plus qu'autre chose même si la parenté avec les ténors de l'humour con est évidente. Quoi qu'il en soit, ces trois films possèdent de nombreux points communs, ce qui me ferait dire que l'on tiendrait là la "recette miracle" du film à l'humour con.

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   D'une part, ils prennent place dans un univers contemporain, aux États-Unis de préférence, mais dans une petite ville ; l'on ne parle donc ici ni de New-York, ni de Los Angeles, mais de Pasadena, de Milwaukee bref, de ces villes de province dont on se moque volontiers quant on habite dans un poumon urbain.

   D'autre part, les "héros", ou plutôt les protagonistes de ces films sont des jeunes âgés entre dix-huit et vingt-cinq ans : plus jeunes, et ils seraient excusables pour leur naïveté, plus vieux, ils seraient énervants de stupidité.

   Troisièmement, les dits protagonistes forment un couple de Dudes ou de Bros. À nouveau, c'est là une conception très américaine de l'amitié. Les bros (ou les dudes) ne sont pas de "simples" amis. Ce sont des frères, presque dans le sens famillial du terme (et l'on connaît toute la mythologie américaine de la famille) ; ils vivent ensemble, sont toujours ensemble, partagent les mêmes centres d'intérêt et les mêmes envies au même moment. C'est étrange à dire, mais le seul exemple européen qui me vient à l'esprit, c'est Montaigne et La Boétie : cette sensation de n'être qu'à moitié si jamais l'autre nous manque.

   Quatrièmement, ces amis sont profondément stupides.

   Mais à nouveau, il ne faudrait pas aller trop vite en besogne. Car l'on ne parle pas ici d'une "simple" stupidité, non ; il s'agit d'un talent élevé au rang d'art qui confine tout autant à la naïveté et à l'indigence qu'à la maladresse. C'est une forme d'imbécilité qui, paradoxalement, conduit au courage (ou à l'inconscience) tout simplement car ces bros sont incapables de voir le danger des situations qu'ils affrontent.

   Le tableau étant posé, de quoi parle ce film qui fait partie de mes petits préférés ?

   Deux bros, Jesse et Chester, se réveillent un matin dans leur piaule avec une sévère gueule de bois, et l'impossibilité parfaite de se souvenir de leurs moindres faits et gestes de la veille. En bons bros qu'il sont, ils ne s'en émeuvent car aujourd'hui est un grand jour : c'est l'anniversaire de leurs petites amies (des jumelles), et ils ont acheté un joyeux cadeau pour leur faire plaisir. Et, ainsi, avoir du sexe. Malins, les dudes ! Les cadeaux ont été précautionneusement entreposés dans le coffre de la voiture de Jesse. Mais voilà : impossible de remettre la main dessus... "Eh mec ! Elle est où ma caisse ?" Et les dudes de tenter de reconstituer leur trajectoire de la veille...

   Il existe un cinquième point commun aux films que j'ai cités. Ce sont des œuvres particulièrement fortes du point de vue de la narration et de l'intrigue, peut-être même davantage que d'autres tentativesplus "sérieuses". Sans aller jusqu'à dire qu'elles sont révolutionnaires, elles bouleversent cependant davantage les habitudes du spectateur pour mériter le coup d'œil. Aussi, Wayne's World repensait les rapports de l'acteur avec le spectateur au travers de ces scènes où Wayne s'adresse directement au public, Bill & Ted s'amusait à remonter dans le temps, Dude! Where's my car nous propose un récit rétrospectif, où, on peut dire, tous les éléments nécessaires à la compréhension de l'intrigue sont présents dès le commencement du film mais demeurent mystérieux. Ce n'est alors qu'au fur et à mesure de la progression que tout fait sens... Assez élégant je dois dire pour un film à l'humour con.

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   Mais si ce film a été à l'origine d'un culte, c'est surtout pour ses scènes parfaitement stupides, improbables, le genre de choses que personne n'aurait osé écrire à moins d'être sous influence. Je n'en retiendrai qu'une. Au fur et à mesure du film, les personnages ont des expressions qu'ils emploient à tire-larigot : sweet, dude et chibi ! Ils aiment à scander leurs phrases ainsi. À un moment donné, ils s'aperçoivent qu'ils ont chacun un tatouage dans le dos. L'un épelle le mot sweet, l'autre dude. Le résultat se passe de commentaires.

   Pour cette scène et pour tant d'autres, ce film est un chef d'œuvre de l'humour con.

   Merci, Danny Leiner.

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