The Princess Bride (1987, Rob Reiner)

Publié le par GouxMathieu

    Il ne faudrait croire que les goûts et les couleurs ne se fixent qu'avant l'adolescence, et que rien ne peut plus nous étonner par la suite. À chaque instant de nos vies, de nouvelles œuvres peuvent devenir des classiques, au point de se demander comment nous avons fait pour survivre sans elles. C'est pour moi le cas de The Princess Bride, que je cite à présent souvent parmi mes films favoris.

 

   J'ai connu l'existence de ce long-métrage, de prime abord, par l'intermédiaire de certains mèmes ; savez-vous, ces images représentant un personnage ou un animal et qui renvoient systématiquement à la même idée, à la même parole, à la même situation. L'un de ceux-ci met en scène un personnage du film, Inigo Montoya : et lassé, alors, de le voir constamment sur l'Internet, j'ai voulu en savoir davantage.

   Grand bien m'en prit.

   Le programme du film est comme tout contenu, dès ses premiers instants, dans la description qu'en fait un grand-père à son petit-fils : de l'action, de l'aventure, du mystère, de la magie, de l'amour... C'est, comme qui dirait, la mère de tous les romans. Mais alors que l'on aurait pu craindre, et c'est légitime, comme un méli-mélo ou une bouillabaisse fade et incolore, tous ces éléments sont incroyablement bien pesés et pensés. À dire vrai, je ne saurai trouver à ce film un défaut : mieux j'y pense, et moins j'en vois.

   Son histoire, tout d'abord, me plaît au-delà de tout. Il y a du picaresque ici, du Quichotte : de cet esprit qui se revendique et du médiéval furieux, et de la modernité épurée. Aussi, dans un pays qui rappelle beaucoup l'Espagne d'alors, une femme qui jura amour éternel à un homme pleure sa mort, du fait d'un terrible pirate. La beauté terrible de celle-ci attire les grâces d'un despote qui la veut marier ; mais la veille encore, trois brigands, au service d'un mystérieux commanditaire, d'enlever la princesse avec le plan détestable de la tuer. Un homme d'armes, tout de noir vêtu, cherche alors à la sauver.

   Ce canevas déjà embrouillé est amené, le croirait-on ? à se complexifier encore. L'on découvrira le devenir de l'homme qu'aime réellement la princesse, et son lien avec l'homme en noir ; deux des trois ravisseurs tourneront cosaques, et rejoindront finalement les rangs du bien ; enfin, le despote révèlera son vrai visage, "j'en passe et des meilleurs".

   Aussi, pendant toute la durée de ce long-métrage, les péripéties succèderont aux péripéties, les coups d'éclat aux coups d'éclat et les miracles aux miracles sans que l'on ne puisse s'en lasser. Alors que l'on pourrait croire le spectateur blasé, il y a au contraire là une délectation à voir les gentils vaincre, et les méchants être punis. Pendant un instant, un instant seulement, l'on se croit redevenir petit enfant dans le giron de sa mère et l'on croit réellement -- douce folie ! -- que le bien triomphe toujours.

   C'est d'ailleurs le grand-père dont je parlais, joué par un Peter Falk méconnaissable, qui narre l'histoire à son petit-fils souffrant. Et celui-ci de commenter, devançant par là-même le spectateur, les différentes aventures : ennuyé au commencement par la mise en scène (très) romantique, il se piquera progressivement au jeu au point de vouloir que son parent revienne le lendemain pour la lui conter encore.

   En soi pourtant, l'on ne trouvera rien ici de révolutionnaire. Point d'effets spéciaux dérangeants comme dans The Fly, point de mouvements de caméra ou de narrations intelligentes comme dans Citizen Kane ; mais le seul plaisir de raconter une histoire, du début à sa résolution. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est là un talent magique que peu possèdent : moi-même, je ne saurais dire que je puis conter une histoire continue, si haletante, sans ennuyer mon lecteur.

   J'avais dit jadis, dans un article consacré à VVVVVV, que la simplicité n'est jamais décevante. C'est encore le cas ici : et il est toujours bon, au-delà des crises que nous traversons, des dilemnes qui se rencontrent, des problèmes qu'il faut résoudre, de se reposer tranquillement et de croire que tout finit toujours par bien aller.

   Quelque part, mais c'est là aussi ma philosophie je l'avoue, je pense que c'est réellement le cas : et si ce film n'en est pas la preuve, que vous faut-il de plus ?

 

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