Boris Vian (1920 - 1959)

Publié le par GouxMathieu

   Encore une fois, prenons le contre-pied, et parlons de la carrière musicale d'un certain surtout connu pour ses travaux d'écriture. Cette fois-ci, ce ne sera effectivement pas un acteur, mais un auteur apprécié, Vernon Sullivan, Bison Ravi, ce qu'il vous plaira : et d'évoquer rapidement quelques unes de ses chansons redécouvertes ces derniers mois.

 

 

   En parlant de Bourvil jadis, j'évoquais cet amour du café-concert, du cabaret, de ces spectacles qui alternaient saynètes comiques, poèmes et chansons. Cette partie de la carrière de Boris Vian sans doute renvoie à tout ceci, à cette époque zazoue et swing où les costumes aux motifs "as de pique" se disputaient les foulards colorés et les souliers vernis. Il faut se représenter, encore, ces caves enfumées où les chanteurs montaient devant un micro Shure et entonnaient la ritournelle tandis que les habitués siphonnaient leurs martinis.

   La voix porte, elle est bien plus éloignée que celle, murmurante, à laquelle nous sommes habitués dans les chansons à texte contemporaines. Le verbe est haut, le jeu de mot au vers, on tire souvent à la ligne à la façon d'Alphonse Allais ; et chemin faisant, parfois pour celui qui saura lire entre les lignes, on glissera l'un ou l'autre message politique.

   Je ne peux faire autrement que de parler ici des morceaux que je connais le mieux, sans me risquer à balayer une carrière car celle-ci, les historiens l'écrivent encore : l'on trouve chaque mois des chansons et des thèmes estampillés de sa main, le corpus grandit d'année en année. Je serai alors sensible, toujours quand j'en viens à la musique, et je ne me risquerai guère au parcours analytique. Voici alors une sélection de trois chansons que je vous offre, en vous encourageant de plonger davantage encore dans sa discographie.

   Quand j'étais petit, ma mère chantait souvent, sans que je ne connusse véritablement les paroles, "Fais-moi mal, Johnny". De même que les Haricots de Bourvil, elle sortait cela à chaque fois qu'une douleur, autant morale que physique, était à présager. On se surprendra alors à entendre la voix de Magali Noël et à comprendre pourquoi les ondes l'avaient jadis censurée : dans cette relation que l'on qualifiera de masochiste, que je préfère voir comme burlesque même si on ne peut renier le message latent, l'amour et la passion n'ont jamais été aussi ambigus.

   "J'suis snob" est sans doute ma favorite ; pour un peu, on pourrait croire la chanson écrite par Gainsbourg qui la reprendra d'ailleurs, les grands esprits se rencontrent toujours. Le personnage se vante de son snobisme, et énumère tout ce qu'il aime à faire ce faisant : manger du camembert à la petite cuillère, voir des films suédois, gagner en snobisme au fur et à mesure qu'il énumère ses passions. La chanson est drôle, la voix de Vian croulante de vérité et le ridicule ne le tuera jamais.

   Une dernière, et ce ne sera pas parmi ses plus connus : ni "Le Déserteur", ni "On n'est pas là pour se faire engueuler". Ce sera "La Java des bombes atomiques", où un vieil oncle bricoleur construit, comme en un passe-temps, des bombes destructrices et finira, "par accident", par assassiner l'ensemble du gouvernement. Évidemment, l'anarchie, évidemment, l'irrévérence ; mais je dirais surtout "la java, la java !" Difficile de nier le dansant de cette chanson, qui me donne envie toujours d'enflammer les pistes de mes bottines italiennes.

   Je m'arrête ici cette semaine : je préfère m'effacer devant le talent, réel, d'un artiste aux multiples facettes que l'on aime à redécouvrir, récemment encore. Quant à moi, que l'on m'excuse : mais j'ai un explosif atomique à perfectionner...

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Laetitia 07/02/2016 10:41

J'aime beaucoup les chansons de Boris Vian, elles font parties de mon enfance et de ma construction bien avant ses livres. Et si j'avais du en choisir trois j'aurai simplement remplacé la java par le tango des joyeux bouchers. Merci pour cet agréable moment !