Rick and Morty (2013 - en cours, Justin Rolland & Dan Harmon)

Publié le par GouxMathieu

   J'ai souvent dit ici que je tâchais de ne pas faire dans l'actualité : qui peut connaître les chemins étranges du succès, confortablement installé dans le fauteuil de son temps, et dire ceci sera intéressant, ceci ne le sera plus ; cela est un effet de mode, ceci est du marbre fait pour durer ? Mais la série dont je parle aujourd'hui me plaît beaucoup ; et malgré sa jeunesse, c'est pour moi une raison suffisante pour écrire.

 

   J'ai également dépassé l'âge de me détourner d'une œuvre parce qu'elle était populaire : mon adolescence est terminée, et je suis à présent capable de me forger une opinion malgré le plébiscite, et malgré la vindicte. Rick and Morty fait partie de ce "nouvel âge de l'animation occidentale", au même titre que des séries comme The Last AirbenderAdventure Time ou encore Bojack Horseman. Ces séries sont très différentes, ne s'adressent pas au même public, ne traitent pas des mêmes sujets, ne le font pas de la même façon ; elles n'ont de commune que leur origine, américaine, et une sincérité que l'on avait cru depuis longtemps perdue.

   Rick and Morty, et c'est sans doute aussi ce pourquoi cette série est de nos jours aussi populaire, a effectivement cette forme d'honnêteté qui confine parfois au cynisme. Contrairement à South Park qui, même dans ses meilleures heures, choisit la voie de la médiocrité comme meilleure et unique solution à la complexité du monde, la série de Rolland & Harmon privilégie une forme de nihilisme, ou plutôt d'absurdité toute camusienne qui laisse toujours la place à la révolte certes, mais qui la vide de toute espèce de substance et de tout espoir de révolution, ou de changement.

   Partant, dire que Rick and Morty est une série "pour adultes", ou du moins pour adolescents avancés, ce n'est pas seulement faire référence à la violence, à l'irrévérence et à la nudité que l'on peut souvent y trouver ; c'est aussi évoquer cette forme de désespoir cru qui est bien trop vraisemblable pour être le seul produit de la fiction. On pense parfois à Daria, le fantastique et la science-fiction en plus ; mais même cette dernière faisait de l'être le moteur de son changement, réservé uniquement à celles et ceux susceptibles d'aller au-delà des bornes que la nature a posées sur son chemin.

   L'on ne trouvera guère cela ici. Une sauce de fast-food est dite, une semaine, être le moteur propulsant les événements, et voilà les ambitions narratives doucement semées aller à la vanvole ; ailleurs, la menace d'un apocalypse remettant tout en question, humains et religions, est effacée d'une astuce et plus jamais nous en reparlerons ; les personnages ressentent et sont souvent très bien écrits, mais leur égocentrisme, voire leur égoïsme, les arrêtent dans toute évolution sincère de leur caractère. Les situations changent, certes ; mais les êtres demeurent, à contre-courant de ce à quoi les séries traditionnelles nous avaient habitués.

   Réduire Rick and Morty à son seul propos, et à ses seuls jeux avec la narration et ses codes, c'est déjà en dire beaucoup et c'est déjà en voir tout le talent ; mais il faut également parler de son rythme, chaque épisode ne durant que vingt minutes mais l'on croirait avoir souvent des longs-métrages, tant les histoires s'entremêlent, se complètent, se flattent mutuellement pour aboutir à une grande complexité, jamais obscure, souvent élégante ; il faut parler de son doublage, la quasi intégralité des personnages étant incarnés par Dan Harmon lui-même, et il est miracle de l'entendre improviser à moitié ses répliques, miracle de saisir les micro-variations qu'il est capable de donner.

   Quand j'y songe, et sans avoir la sensation d'inutilement complimenter, le seul défaut que je puis trouver à Rick and Morty, c'est qu'à l'heure actuelle, la série n'est point achevée ; et comme elle développe cependant un semblant de continuité narrative, du moins comme elle se donne les ambitions de le faire, je ne peux la juger dans son entier. Bientôt sans doute, un jour peut-être ; et sans pour autant jouer les haruspices, je pense que l'on parlera encore à l'avenir de Rick and Morty.

 

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