Back to the Future (1985, Robert Zemeckis)

Publié le par GouxMathieu

   La sortie bien récente de Ready Player One me replongea dans une nostalgie populaire dont je ne suis pas encore totalement sortie. Notamment, la bien connue DeLorean de Back to the Future d'y faire une apparition remarquée, et appréciée des amateurs, dont je fais partie. Revenons alors à l'origine, et parlons davantage de ce pourquoi je l'aime, et de ce que pourquoi je l'aime moins.

 

 

   Je n'ai pas commencé, jadis, mon parcours de cette trilogie par le tout premier épisode, comme la raison la plus élémentaire l'aurait exigé pourtant. Je débutais par le second, de loin celui qui aura le mieux captivé les imaginations, et j'aurai découvert le premier épisode après avoir vu le troisième. Partant, j'ai eu comme un regard bien plus critique envers ce premier film, plus distancié : je connaissais déjà son histoire par l'intermédiaire des pastilles qui se réécrivaient dans sa suite, et je voyais alors davantage son caractère atypique et même, par endroit, étrange.

   Il y a effectivement comme une étrangeté dans ce premier épisode que je ne sais parfaitement définir, mais qui me plut néanmoins. Une couleur, peut-être et surtout : Back to the Future premier du nom, du moins de la façon dont je peux le percevoir, est un film que j'associe beaucoup à l'obscurité et à la nuit, il y a une noirceur qui le pénètre totalement. C'est la nuit sur ce parking, où l'on découvre pour la première fois la machine temporelle ; la nuit de l'arrivée en 1955, dans cette grange associée aux histoires surnaturelles du temps ; la nuit de la "féerie dansante des sirènes", où la catastrophe sera finalement évitée.

   Quelque part, ce premier film est le plus fantastique de cette trilogie, là où les autres donneront davantage dans la science-fiction. Il est presque gothique dans son traitement ; et quand bien même n'exploiterait-il que peu des ressorts que l'on attendrait ici, des références plus soutenues à la guerre froide et à la menace nucléaire par exemple, il y a ce côté "film noir" qui transpire beaucoup de ses ambitions. Peut-être la chose est-elle plus empirique que mûrement réfléchie, peut-être projetais-je davantage que je ne le pensais : mais par endroit, je ne peux m'empêcher d'associer ce premier film au Faucon Maltais voire à Casablanca, pour des raisons qui m'échappent encore.

   Il y a aussi peut-être cette étrangeté d'histoire, que je pressens. Certes : au retour programmé de Marty dans son époque, il y a cette réussite accidentelle, cette réécriture de son histoire familiale qui fait de son père un volontaire plutôt qu'une flanelle. Mais cela m'a toujours étonné, je dois dire, presque décontenancé ; quelle leçon, si leçon il y a, devais-je retenir de ce parcours ? Qu'il convenait d'être volontaire pour mieux s'épanouir dans sa vie familiale ? Qu'un seul instant pouvait décider du sort de toute une existence ? Que l'on ne pouvait rien attendre d'une évolution contemporaine, et que le meilleur était toujours derrière nous ?

   Je sais bien, évidemment, que les films ultérieurs seront tout orientés vers le changement des temps passés, mais je trouve leur message, également, plus clairs ou, du moins, plus en accord avec certaines de mes convictions. Notamment, c'est le souhait de Marty de changer son passé en ramenant "l'almanach des sports" qui noue l'intrigue, et oblige nos héros à ramener les choses "à la normale". C'est la façon traditionnelle - une des façons tout du moins - d'aborder cette question du retour dans le temps, l'idée que les petits gestes créent de lourdes conséquences à la façon de la nouvelle, qui fit école, A Sound of Thunder de Ray Bradbury.

   Mais je préfère encore cette tradition à celle, plus dangereuse, que nous offre le premier film, qui nous invite à imaginer une meilleure vie si d'autres choix avaient été envisagés, plutôt, qu'une meilleure vie existerait si l'on avait fait ceci ou cela des jours, des semaines, des années plus tôt. Cela nous empêche sans doute de nous améliorer, et de corriger ce qui mérite de l'être ; ce sera d'ailleurs la conclusion du troisième épisode de cette série, et je la trouve infiniment plus belle que la fable que ce premier nous proposait.

   Comme sont les choses : aurais-je débuté par ce film, peut-être aurais-je moins apprécié les suivants, peut-être les aurais-je aimé davantage. Ce qui est certain, c'est que je n'aurai pas eu ce recul et ce regard, mon analyse eût été tout autre : et je n'aurais pas eu autant de sympathie pour cet épisode alors que Back to the Future II demeure, mais ce ne sera là une surprise pour personne, mon préféré. C'est cette obscurité, et même cette crapulerie de l'histoire, qui me fait cependant revenir vers ce tout premier film. 

   Il y a la voie lumineuse, et il y a la voie sombre ; il y a ce qui me plaît, et ce qui me plaît point. Il y a également l'entre-deux, le clair-obscur que j'apprécie tant : Back to the Future d'y appartenir sans doute. Il me déplaît dans son histoire, mais la nuit l'obscurcissant autorise les formes à être moins visibles qu'ailleurs, et à douter de leur force ; il a fait naître tout un univers, mais semble étrangement étroit dans ses ambitions ; il nous fait regretter nos choix passés, avant d'envisager de nous améliorer. Un point de départ, pourrait-on dire ; et c'est déjà exceptionnel.

 

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